Catégorie : édito

  • Où nous mèneront les irresponsables ?

    Où nous mèneront les irresponsables ?

    À l’intérieur comme à l’extérieur, les macronistes proposent de vieilles recettes pour répondre aux problèmes qu’ils posent. 

    Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a rendu son avis le 16 septembre : Israël commet un génocide dans la bande de Gaza, soit « un crime commis dans l’intention de détruire, ou tout, ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Au même moment, l’Etat hébreu déploie des forces terrestres dans la bande de Gaza, détruit les édifices encore debout, et chasse les populations vers le Sud. Pour répondre à la situation, Emmanuel Macron propose depuis deux mois une solution vieille de quarante ans. Le 22 septembre, la France devrait reconnaître l’Etat de Palestine devant une ONU en crise (voir ailleurs). Rien sur les exportations d’armements, toujours le refus de sanctions économiques et le maintien des accords commerciaux bilatéraux, pas d’actions judiciaires internationales, et des séries d’euphémismes dans les communications officielles.

    Le surlendemain, Sébastien Lecornu devra répondre à l’ultimatum posé par les syndicats. L’homme qui a mis en scène des concessions dans la presse, comme le retour sur la proposition de suppression de deux jours fériés, ou plus récemment la fin du SNU, négociera cette fois-ci à Matignon avec les représentant-es des travailleur-ses. Parmi leurs revendications : plus de justice fiscale, plus de moyens pour les services publics, la revalorisation des prestations et de la rémunération des fonctionnaires, l’abandon de la retraite à 64 ans et du projet de réforme de l’assurance chômage. On note cependant l’absence de véritables revendications antiracistes ou à même de faire obstacle aux politiques anti-immigration des macronistes. 

    Une fois de plus, on peut se réjouir de voir plier un bloc centriste dont les silences et les compromis n’ont fait qu’alourdir la cruauté du monde, et son poids sur les plus pauvres. Mais les derniers mois ont montré que ce centre préfère toujours l’extrême droite à une gauche de rupture, à même de répondre aux urgences du temps et aux demandes des peuples. Il faut donc travailler à la chute simultanée des forces politiques à bout de souffle et de celles qui veulent le pire, et pourvu qu’elle soit rapide.

  • Bayrou s’en va, Macron reste : les femmes payent

    Bayrou s’en va, Macron reste : les femmes payent

    A l’heure où nous écrivons ces lignes, François Bayrou doit encore se frotter à son impopularité et à celle de sa politique budgétaire devant la représentation nationale. Sauf retournement de situation majeur, à l’issue du scrutin, il devrait avoir remis sa démission à Emmanuel Macron. 

    La décision de François Bayrou, cet été, d’engager la responsabilité du Gouvernement a surpris au sein du camp présidentiel. Il en était de même, il y a un peu plus d’un an, lorsque Emmanuel Macron avait unilatéralement choisi de dissoudre l’Assemblée nationale. Si les deux procédures ont le mérite de remettre en marche la machine démocratique dans une république verrouillée, Macron répète inlassablement qu’elles ne le feront pas bouger. Lui qui n’a jamais été aussi impopulaire, assure qu’il entend exercer son mandat jusqu’au bout, voire fait miroiter l’éventualité (anticonstitutionnelle) d’un troisième mandat. Alors que la droite et le centre regrettent l’instabilité institutionnelle, nous continuons de subir la brutalité présidentielle dont elle est le reflet. Derrière les 49.3 à répétition, la répression des mouvements sociaux, la réforme des retraites, les rafles racistes, le refus de reconnaître le résultat des dernières législatives, c’est la politique d’Emmanuel Macron qui s’exerce dans le pays, sans possibilité de censure. 

    Le Président de la République, qui a passé l’été à échanger avec son Premier ministre, met en scène son retrait face à un Gouvernement qui prendrait les décisions. Pourtant, le 10 septembre, la mobilisation tiendra avec ou sans Bayrou. La date de mobilisation syndicale annoncée le 18 septembre compte aussi bien sur le fait que les suivants se soumettent à la recette macroniste : augmentation du budget de la guerre, cadeaux aux grandes entreprises et refus de faire contribuer les plus riches. Que Bayrou parte ou qu’il reste, des discussions engagées le 8 septembre laissent en effet encore le temps de faire voter un budget d’austérité avant la fin de l’année, en offrant si besoin des gages au Parti socialiste, aux Républicains et au Rassemblement national.

    On apprend ainsi que des projets de décrets visant à dépecer l’aide médicale de l’Etat (AME), dispositif de santé publique et d’accès aux soins des personnes étrangères sans-papiers, sont déjà prêts. Ils prévoient notamment la conjugalisation de l’aide, contraignant des centaines de milliers de femmes en France à obtenir l’autorisation de leur conjoint et parfois de leur agresseur pour se soigner. 

    Bref, entre l’austérité et le fascisme, les femmes sont loin d’être tirées d’affaire. Mais elles n’en sont pas dupes et continuent à s’organiser. A Pdf, il y a de la place pour tout le monde et du pain sur la planche : rejoins-nous en t’inscrivant ici.

  • 1er septembre, rentrée. Le 10, récré.

    1er septembre, rentrée. Le 10, récré.

    La rentrée approche et avec elle l’horizon du 10 septembre, date à laquelle plusieurs appels à la mobilisation invitent à « tout bloquer » contre la violence austéritaire proposée par le Gouvernement. Si la France insoumise a très vite apporté son soutien à cette mobilisation organique, relayée par nombre d’ancien-nes gilets jaunes, le reste de la gauche s’est montrée plus mitigée. C’est également le cas de l’extrême-droite, qui dénonce une récupération par la gauche, et qui dans le cas du RN, oppose à la violence de supposés « casseurs » sa mobilisation institutionnelle à l’Assemblée nationale.

    Depuis les premières manifestations contre la loi travail à la mobilisation contre la réforme des retraites en passant par les Gilets jaunes et les manifestations féministes, les mouvements sociaux de la dernière décennie n’ont eu de cesse de battre des records, en longévité ou en nombre de personnes mobilisées. Mais sans victoires politiques de taille, ces mouvements savent aussi se réinventer. Pour « tout bloquer », les appels du 10 septembre proposent diverses pistes : la grève, la manifestation, mais aussi le confinement ou le boycott, ne rien acheter, ne pas utiliser sa carte bancaire. Ces répertoires d’actions ont aussi été mobilisés le 21 août dans la grève mondiale pour Gaza à l’appel de militant-es palestinien-nes, et à la fin des années 2010 successivement dans les mouvements marocain et algérien du Hirak. 

    Pour l’appel du 10 septembre comme pour les Gilets jaunes, une certaine frange de la gauche semble séduite par une forme de confusionnisme et la présence de personnes d’extrême-droite dans les rangs. Parce qu’ils pensent les classes populaires toujours plus à droite qu’elles ne le sont, ils voient dans des rhétoriques confuses et un flou politique risqué, la promesse d’une mobilisation massive. C’est pourtant avec un agenda antiraciste et féministe fort, qui la différencie radicalement de l’extrême-droite, que la gauche s’est illustrée électoralement ces dernières années. Et dans le 10 septembre, la proposition de modes d’action qui ciblent la consommation et sont accessibles aux personnes sans emploi et sans papiers semble répondre à une réalité économique du moment historique. Dans les pays du Nord, se sont surtout des femmes, des personnes racisées et des personnes étrangères qui constituent aujourd’hui les classes populaires.

  • Temps suspendu

    Temps suspendu

    C’est les vacances. En pratique, pas pour tout le monde : la plupart des salarié⋅es travaillent la majorité de l’été. Mais l’école est finie et les administrations fonctionnent au ralenti. L’Assemblée nationale a achevé ses travaux, et ne les reprendra qu’au mois d’octobre.

    François Bayrou présente ce mardi 15 juillet ses pistes pour le budget qui doit être voté à l’automne, mais son gouvernement ne pourra pas être censuré tant que les député-es ne siègent pas. Il y aurait pourtant de quoi. 40 milliards d’économie annoncées, sans toucher aux impôts des plus riches, tout en augmentant les dépenses militaires : c’est le peuple qui va payer.

    Temps suspendu, donc. La guerre ne s’arrête pourtant pas (ailleurs page 1), et l’intérêt des français-es pour la politique non plus. Le Monde rapporte qu’avant les élections législatives de 2024, Gérald Darmanin disait « le 7 juillet, les blédards seront partis et ne voteront pas LFI ». L’histoire lui a donné tort : 33 millions de personnes s’étaient mobilisées pour voter en 2024, dont près de 7,2% par procuration. C’est 10 millions de personnes de plus qu’aux législatives 2022.

    Les institutions ne sont pas bloquées pour cet été seulement : elles le sont depuis de longs mois. L’obstination d’Emmanuel Macron à ne pas nommer un-e Premier-e ministre issu-e du Nouveau Front Populaire a plongé le pays dans la crise politique. La seule stratégie de la coalition macronie-LR est de gagner du temps jusqu’à la prochaine censure. Pas de grandes réformes sur le travail, la santé ou la justice, rien de concret sur les retraites, mais des textes pro-business comme la loi Duplomb, sur lesquels toute la droite se rejoint, de Renaissance au RN (actu page 1).

    Les prochaines élections prévues sont les municipales en mars 2025. Mais les polémiques qui traversent la campagne (actu page 2) sont en réalité nationales, et chacun-e se prépare aussi aux autres hypothèses. Car sans cet étirement sans fin du temps politique, une nouvelle censure, et probablement de nouvelles élections législatives, auraient lieu demain. Mais ça marche, et avec le soutien notable du RN, Bayrou passera l’été.

    Le prochain numéro paraîtra le 24 août (20 numéros par an). Mais l’activité du journal ne s’arrête pas : ateliers d’écriture, événements à la rentrée… Pour nous rejoindre, rendez-vous sur partidesfemmes.fr/contribuer

  • On a déjà vu ce film

    On a déjà vu ce film

    2025 a des airs de mauvais remake. L’esthétique Y2K (des années 2000) est partout. Une dissolution de l’Assemblée nationale par le Président, un Rassemblement national sans Marine Le Pen, le retour de Dominique de Villepin, l’argument de la guerre préventive et de la démocratisation pour bombarder au Moyen-Orient… même François Bayrou est toujours dans les parages.

    Les forces politiques traditionnelles, excitées par l’approche des échéances électorales, croient encore qu’un changement d’image de marque suffit à gagner des élections. Dominique de Villepin essaye de faire oublier qu’il est de droite avec un nom de parti pompé à Mélenchon et en réchauffant ses positions sur la diplomatie française au Moyen-Orient (actu page 2). Mais comme Benny dans la série Overcompensating (pop !), il risque de lui être difficile de maintenir cette façade très longtemps. 

    Sur le volet économique, la réforme des retraites reste un sujet central après l’échec du « conclave », qui risque d’enterrer le gouvernement Bayrou avec lui (actu page 1). Sa solution reste toujours plus d’austérité, avec chaque semaine des milliards de coupes annoncées, alors que l’imposition des plus riches est écartée et que se maintiennent les taxes injustes, à l’instar de la TVA (comprendre). Pour celles et ceux qui le peuvent, l’été est aussi la période des congés payés (au cas où) et la crise du logement exacerbée par les plateformes comme Airbnb (ailleurs).

    Qu’on le remonte ou qu’on cherche à en gagner, le temps est une ressource précieuse. C’est ce que cherche le Parti socialiste pour apaiser ses tensions internes et reporter la question de l’alliance à gauche. C’est ce qu’il faut au Rassemblement national pour éviter de devoir faire chuter le gouvernement avant le jugement en appel de Marine Le Pen. C’est ce que veut rattraper Dominique de Villepin en proposant la réforme de la retraite à points empêchée par la pandémie de Covid-19. C’est ce qui se fait long pour les peuples du Moyen-Orient, depuis des décennies prises en étau entre les dictatures et les bombes américaines (dossier).

  • Et tant qu’on se bat

    Et tant qu’on se bat

    Le génocide en Palestine incarne une bascule brutale du monde dans la cruauté politique – qui perdure parce qu’elle est rentable. Le salon du Bourget accueille cette semaine des entreprises dont les drones sont utilisés à Gaza (actu page 2). Mais comme les dockers qui refusent de charger des armes, nous pouvons faire obstacle, par la grève, le sabotage, la dénonciation. L’évolution récente du discours médiatique en France sur le génocide et la dénonciation publique des crimes de l’État israélien sont une victoire de la pression populaire, de la convergence des luttes et de la mobilisation internationale.

    Plus de vingt ans de mouvements révolutionnaires, de mobilisations féministes massives, d’avancées des droits LGBTI – malgré des reculs et la répression – ont transformé les sociétés plus profondément qu’il n’y paraît. En France, l’exécutif gouverne plus faible que jamais, alors que la gauche a remporté une victoire électorale massive en juin 2024.

    Bien sûr, l’heure est grave. Aux États-Unis, Trump démantèle l’État de droit et intensifie la répression contre les femmes, les personnes étrangères, les personnes trans. En plein mois des fiertés, les amateurs de pinkwashing d’hier rangent leurs drapeaux arc-en-ciel. Et en France aussi, les droits LGBTI, quand ils ne servent pas le nationalisme, restent attaqués jusqu’au sommet de l’État (actu page 1). La violence institutionnelle est aussi flagrante dans les affaires de viols, comme l’ont illustré les procès Le Scouarnec et Pélicot (dossier).

    La répression passe aussi par les coupes financières. Dans comprendre, on revient sur leurs conséquences concrètes pour les droits humains et la santé, avec l’exemple de la polio. À l’inverse, les financements d’organisations réactionnaires du Nord vers le Sud augmentent (ailleurs).

    Vous lisez le premier numéro de Parti des femmes. Cet objet est l’une de nos contributions, en tant que femmes, à la riposte contre le fascisme. Si vous vous retrouvez dans nos mots, faites circuler ce numéro, distribuez-le, affichez-le, abonnez-vous au journal et à nos réseaux sociaux. Et n’oubliez pas : la seule lutte perdue d’avance, c’est celle qu’on ne mène pas jusqu’au bout.