Catégorie : ailleurs

  • Kevin Warsh à la tête de la Fed, la politique monétaire américaine bouleversée ?

    Kevin Warsh à la tête de la Fed, la politique monétaire américaine bouleversée ?

    Au début du mois de mai, le Sénat états‐unien a validé la nomination de Kevin Warsh, candidat de Donald Trump, à la tête de la banque fédérale (la Fed) en remplacement de Jérôme Powell dont le mandat se termine.

    Donald Trump souhaitait depuis longtemps le départ de l'ancien président, dont il accusait la politique monétaire de ralentir l'économie. La Fed fixe en effet les taux directeurs, taux auxquels les banques privées peuvent se financer en dollar, et qui guide donc le prix des crédits dans l'économie. Selon la théorie économique dominante, cet instrument a un double effet : en remontant le taux, on ralentit l'inflation, mais en le baissant, on injecte des liquidités dans l'économie et on favorise la croissance.

    Ces effets sont en réalité discutés par de nombreux économistes, et notamment la réalité des risques d'inflation lors d'une baisse de taux. Mais la Fed suit la théorie économique dominante, et son mandat, comme celui de la Banque centrale européenne, est de limiter absolument l'inflation, considérée comme le pire des maux. Jérôme Powell a donc toujours refusé de baisser les taux d'intérêts.

    Suite à la nomination de Kevin Warsh, les marchés ont donc anticipé un possible revirement de politique monétaire, et selon la théorie économique dominante, une possible forte inflation, accélérée par la hausse des prix des hydrocarbures. L'avenir laisse en suspens deux questions : Trump a‑t‐il encore le pouvoir d'imposer ses vues au nouveau président ? Et si oui, une baisse des taux d'intérêts directeurs états‐uniens déclencherait‐elle réellement une inflation galopante pour le dollar ?

  • Les Émirats arabes unis se sont retirés de l’OPEP le 1er mai

    Les Émirats arabes unis se sont retirés de l’OPEP le 1er mai

    L’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) est une organisation de pays qui produisent du pétrole de sorte à former un cartel pour peser dans les négociations avec les compagnies pétrolières, et se mettre d’accord pour fixer les prix. Les Émirats arabes unis (EAU) sont le quatrième pays à quitter l’organisation depuis 2019, montrant la fragilité de l’alliance face au contexte géopolitique. Les EAU étaient aussi un des membres les plus influents après l’Arabie saoudite.

    La production pétrolière des EAU a beaucoup augmenté. Désormais troisième producteur de l’OPEP, ils en sortent pour être en mesure d’augmenter le volume de leurs ventes en baissant les prix. L’Arabie saoudite, dont les décisions sont les plus influentes dans le cartel, veut quant à elle limiter la production pour garder la mainmise sur des prix élevés. 

    Un désaccord stratégique qui repose aussi sur des tensions politiques et diplomatiques : les Émirats jugent qu’ils n’ont pas eu assez de soutien face aux attaques iraniennes, et l’Arabie Saoudite veut imposer Ryad comme un hub stratégique face à Dubaï. 

    La sortie des EAU de l’accord pourrait aussi montrer leur rapprochement stratégique avec les État‐Unis, et leur volonté de s’autonomiser des décisions saoudiennes. En effet, Donald Trump considère que l’OPEP ne sert qu’à faire gonfler artificiellement les prix du pétrole. En sortant de l’OPEP, les Émirats pourraient vendre davantage de pétrole aux États‐Unis, dans un contexte où ils ont besoin d’argent et de soutien. 

  • Une couverture de santé universelle au Mexique

    Une couverture de santé universelle au Mexique

    Le 7 avril dernier, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, a annoncé pendant les conférences matinales du gouvernement la création par décret d'un système de santé universelle. Les systèmes de santé mexicains, jusqu’ici fragmentés et inégaux selon le statut social, sont fortement concurrencés par les services de santé privé. Cette mesure, annoncée par la première cheffe d'État du Mexique, très populaire selon les sondages officiels, a rendu les plus de 85 ans éligibles dès le 13 avril 2026. La couverture de santé s'étendra progressivement au cours de l'année. L'objectif de ce décret est d'instaurer une politique de santé publique progressive pour atteindre courant 2026, des services numériques pour la santé ; et au 1er janvier 2027, les soins universels pour les urgences, vaccinations, services de maternité, diagnostic des cancers ainsi que les consultations généralistes. Cette mise en place devrait être terminée d’ici à 2028, et finir par le déploiement de services dédiés aux maladies chroniques.

    L’idée d’un système de santé universel est un objectif affiché depuis longtemps au Mexique, et ce décret vise à renforcer l’accès et la qualité des soins dans le pays, ainsi qu’à permettre à tous‐tes les Mexicain‐es d'obtenir des soins gratuits dans les établissements publics de santé. Il permettra aussi la création d’un titre d’identité unifié et dédié aux services de santé, qui remplacera progressivement les cartes existantes de l’IMSS (sécurité sociale) et ISSSTE (couverture sociale des fonctionnaires de l'État).

  • En Inde, les hijras et les femmes trans prises entre le feu de l'extrême droite et l'orientalisme du Nord

    Le 25 mars dernier, le parlement indien a voté une loi créant une commission médicale pour l’obtention d’un certificat d’identité pour les personnes trans, et pour celles qui veulent recourir à des traitements ou opérations d’affirmation de genre. La loi rencontre une vive opposition des organisations LGBTI locales. Ce texte vient modifier le Transgender Persons (Protection of Rights) Act de 2019, qui avait accordé quelques droits aux communautés traditionnelles hijras et aux trans.Depuis les pays du Nord, cette nouvelle apparaît comme un choc pour une nation perçue comme très ouverte sur ces questions, une des premières à reconnaître le « troisième genre », et où, à travers l’exemple des hijras, les personnes trans existeraient depuis toujours. Mais, en pratique, si la loi de 2019 créait la possibilité de faire reconnaître par l’État qu’une personne était trans, elle forçait le plus souvent ces dernières dans une stigmatisante troisième case, puisqu’elle conditionnait l’accès à la case « homme » ou « femme » à des chirurgies de réassignation sexuelle. Alors que les médias occidentaux saluaient il y a 10 ans l’idée d’un « troisième genre légal » par la Cour suprême, toutes les lois d’application qui ont suivi ont été en réalité largement dénoncées par les communautés sur place. Comme le souligne la militante et autrice indienne Talia Bhatt, l'anthropologie occidentale, qui lit de manière orientaliste l’existence des hijras comme le signe de sociétés aux systèmes de genre moins rigides, est aujourd’hui mobilisée par l’extrême droite nationaliste hindoue pour trier les mauvais des bons trans « mentionnés dans les textes sacrés hindous ». Il ne s’agit que de mieux fixer les contours de la marge.

  • Afghanistan / Pakistan : la guerre en héritage colonial

    Afghanistan / Pakistan : la guerre en héritage colonial

    Alors que la guerre entre l’Iran et les Etats‐Unis a déplacé des dizaines de milliers de réfugié‐es vers l’Afghanistan — au moins 70 000 dans les premières semaines de mars selon l’ONU — le pays doit faire face à une escalade violente des tensions avec un autre de ses voisins, le Pakistan. 

    Les deux pays avaient négocié en octobre 2025 un cessez‐le‐feu par l’intermédiaire du Qatar. Mais plusieurs incidents à la frontière ont conduit à la reprise du conflit le 26 février, à la suite de frappes aériennes de l’armée pakistanaise ciblant les principales villes afghanes, dont Kaboul. 

    La frontière afghano‐pakistanaise constitue un sujet d’affrontements récurrents depuis l’imposition en 1893 par l’empire colonial britannique des Indes de la « ligne Durand », du nom de l’envoyé britannique qui l’a dessiné. L'Afghanistan conteste ce tracé arbitraire, notamment parce qu’il fractionne artificiellement les territoires de la communauté pachtoune, historiquement majoritaire dans le pays. Le Pakistan, qui a hérité à son indépendance de cette situation, reconnaît pour sa part le tracé comme frontière officielle depuis 1949. 

    Depuis son retour au pouvoir en 2021, le régime taliban afghan revendique l’annexion des territoires pachtounes pakistanais. Le Pakistan, qui avait soutenu leur première prise de pouvoir en 1996 en espérant obtenir la reconnaissance de leur frontière, les accuse aujourd’hui de soutenir l’action du TTP, la principale mouvance des talibans pakistanais, dans les territoires frontaliers. 

  • Népal : l’ancien rappeur Balendra Shah remporte les législatives

    Népal : l’ancien rappeur Balendra Shah remporte les législatives

    Six mois après les révoltes de la Gen Z et la chute du gouvernement, les élections législatives au Népal donnent vainqueur le candidat centriste et maire de Katmandou, Balendra Shah. L’ancien rappeur, devenu une figure de cette génération révoltée, faisait notamment face au chef de l’ancien parti au pouvoir, K. P. Oli. Ce dernier, qui avait démissionné lors des révoltes de septembre, était le symbole d’une élite s’étant accaparé le pouvoir depuis l’abolition de la monarchie en 2008. 

    Une époque que les Népalais‑es semblent vouloir laisser aux archives, en soutenant majoritairement le désormais futur premier ministre Balen, tête de file du Parti national indépendant (RSP). Le RSP a remporté 182 sièges sur 265 selon l’annonce de la commission électorale du 12 mars dernier. Créé en 2022 par un journaliste anticorruption, le parti avait rassemblé divers mouvements citoyens avec la volonté de renouveler une classe politique corrompue. Depuis janvier, le parti a fait campagne avec un programme de rupture politique : réformes du système, amélioration des services publics et création d’emplois. Ce dernier enjeu était au cœur de la colère de la Gen Z népalaise, dans un contexte où le taux de chômage des 15 – 24 ans atteint 20,8%, soit presque deux fois la moyenne nationale.

    Les espérances des électeur‑rices sont grandes, reste à voir si les nouveaux‐lles élu‐es sauront tenir leurs promesses.

    Les évolutions du pays, enclavé entre l’Inde et la Chine, seront également scrutées à l’international. Pour la Chine, le défi est d’y maintenir ses projets d’hydroélectricité. Quant aux États‐Unis, le défi est de ne pas laisser la Chine étendre son influence, en entretenant un partenariat stratégique avec l’Inde.

  • En Cisjordanie, la politique israélienne d’éviction s’accélère

    En Cisjordanie, la politique israélienne d’éviction s’accélère

    « Nous approfondissons nos racines dans toutes les régions de la Terre d'Israël et enterrons l'idée d'un État palestinien. » Tels sont les mots du ministre israélien Bezalel Smotrich, saluant les récentes mesures du gouvernement. 

    Le 15 février, ce dernier a acté une opération de régularisation des titres fonciers dans les zones sous contrôle israélien. Il s’agit de déclarer comme « propriété de l’Etat », les portions de terres dont le titre de propriété n’est pas clairement établi. En imposant ses propres normes administratives et juridiques, Israël s'octroie ainsi le droit d’expulser de nombreuses familles palestiniennes de chez elles.

    Les 40% du territoire où l'Autorité palestinienne détient encore supposément des pouvoirs, sont également concernés. Le 8 février, le gouvernement a acté l’abrogation d'une loi datée de 1967, qui interdisait aux citoyens non arabes d’y acheter directement des terres. Désormais, ces derniers pourront construire, sans avoir à s'enquérir de l’autorisation des administrations municipales palestiniennes.

    En parallèle, les raids et les démolitions s’intensifient. Le 20 février, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont annoncé que leurs unités avaient arrêté environ 100 « Palestiniens recherchés ». Les Palestinien‐nes de Cisjordanie font également face au harcèlement constant des colons : maisons brûlées, agressions physiques, meurtres et oliviers arrachés.

    À l'expansion coloniale en Cisjordanie, occupée illégalement par Israël depuis 1967, s'ajoute celle à Gaza. Depuis le cessez‐le‐feu signé en octobre 2025, l’enclave a été divisée en deux par une ligne jaune qui est progressivement déplacée, confinant les Gazaouis dans un espace sans cesse réduit. 

  • Portugal : ouf pour cette fois

    Portugal : ouf pour cette fois

    Le 8 février 2026, à l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle, le Portugal a échappé à l’extrême droite.

    Le candidat de centre‐gauche António José Seguro l’a en effet emporté largement (66,8%) face au candidat d’extrême droite, André Ventura (33,2%). Il succède à Marcelo Rebelo de Sousa, conservateur à la tête du pays depuis 2016. 

    L’élection était plus serrée que d’habitude, car c’est la première fois depuis 1986 qu’un second tour est nécessaire. Le premier tour avait déjà donné tort aux sondages qui annonçaient André Ventura vainqueur. Les violentes tempêtes qui ont ensuite sévi dans le pays entre les deux tours ont mis en évidence le fait que le Portugal était vulnérable aux changements climatiques, et mal préparé à celà, ajoutant encore un facteur d’incertitude face à l’issue du scrutin.

    Le rôle de président au Portugal ne comporte aucune fonction exécutive, il est convoqué en cas de crise et peut choisir de dissoudre le Parlement et convoquer des élections législatives. L’élection a davantage mobilisé les Portuguais‐es, avec une participation en hausse de 12,8% pour atteindre les 53%, taux le plus élevé depuis 40 ans. 

    Si le Portugal échappe donc à l’extrême-droite pour cette fois, son accession au second tour témoigne de sa montée significative, signant ainsi son meilleur score à une présidentielle et demeurant la première force d’opposition du pays. Sa menace continue de planer, et ses idées continuent de progresser dans les débats publics et parlementaires. La cohabitation s’annonce tendue et risquée pour la suite.

  • En Syrie, l’autonomie kurde en sursis

    En Syrie, l’autonomie kurde en sursis

    Le gouvernement syrien et les forces kurdes ont annoncé ce 30 janvier être parvenus à un accord, actant l’intégration des administrations autonomes kurdes à l’Etat central. Cela pourrait mettre fin à quinze ans d’autonomie.

    Depuis début janvier, les territoires syriens contrôlés par les forces armées kurdes (FDS), ont été successivement repris par l’armée d’al-Charaa, soutenue par la Turquie, et une partie des populations locales. Ces dernières, anciennement alliées aux FDS auraient dénoncé des arrestations arbitraires de leur part depuis la chute d’Assad. Ce 18 janvier, un premier accord avait acté la reprise en main par l'État de ces territoires et des champs pétrolifères et gaziers. En outre, le gouvernement devrait reprendre la responsabilité juridique et sécuritaire des prisonniers de l’État islamique, jusqu’ici surveillés par les FDS. Ces derniers ont été en première ligne contre Daech, étaient soutenus pour cette raison par les États‐Unis et l’Europe, mais semblent désormais seuls face à al‐Charaa qui a su s’attirer les bonnes grâces de la communauté internationale. Si quelques concessions ont été accordées aux Kurdes, en reconnaissant leur langue et en leur garantissant des droits nationaux, il s’agit surtout d’assimiler les organisations kurdes autonomes à l’État central et de balayer le projet révolutionnaire d’une société sans État. 

    Depuis 2011 s’était concrétisé au Rojava un confédéralisme démocratique, radicalement anticapitaliste. Dès le départ, des femmes y ont imposé une ligne féministe radicale, en construisant notamment des villages en non‐mixité, pour accueillir les victimes de violences patriarcales. 

    Comme l’illustre la vidéo virale d’un soldat syrien brandissant fièrement la tresse coupée d’une combattante kurde, les femmes kurdes, syriennes comme iraniennes, sont aussi en première ligne face à la répression autoritaire et à sa représentation.

  • Reza Pahlavi, un prétendant trop familier

    Reza Pahlavi, un prétendant trop familier

    Alors que les manifestant‐es sont massacré‐es par milliers en Iran, Reza Pahlavi jouit d’une visibilité flatteuse dans les médias français. Le fils du shah renversé par la révolution de 1979 y est présenté comme le leader de l’opposition au régime et le garant d’une transition démocratique. 

    Son nom porte pourtant le stigmate de la tyrannie, de la torture, des assassinats et de la police secrète d’un régime installé à la tête de l’Iran en 1953 par un coup d’état soutenu par la CIA, après l’élection démocratique de Mohammad Mossadegh.

    Depuis 2009, Reza Pahlavi mise sur la force des mobilisations populaires en Iran pour s’imposer comme l’alternative. « Je me prépare à rentrer dans ma patrie » roucoulait ces derniers jours celui qui a quitté le pays dans un avion où on pouvait encore fumer. Partisan d’un retour de la monarchie en Iran, Pahlavi affiche volontiers sa proximité avec Israël et les États‐Unis. En juin 2025, il apporte même son soutien aux frappes militaires sur les sites nucléaires iraniens, qui font des centaines de mort‐es civil‐es. La même année, une enquête révèle une vaste campagne d’influence israélienne en farsi visant à le promouvoir comme figure légitime d’un Iran post‐République islamique.
    Face aux mobilisations, Pahlavi exhorte Trump d’intervenir en Iran. Mais même ce dernier ne semble pas convaincu : « Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership » dit‐il à la presse. Il est probable que Pahlavi continue de planer comme un vautour autour des salons occidentaux, en attendant son heure et la chute du régime. Heureusement, seule la seconde est une promesse de l’histoire.