L'affaire Outreau (1997‑2005) est un argument d'autorité dans le débat public et un incontournable des études de droit. On en retient généralement : des années de procès contre dix‐sept adultes, finalement acquitté‐es pour la majorité d'entre elleux, une tempête médiatique. On entend souvent que l'erreur aurait été de placer des adultes en détention provisoire sur simple parole d'enfant. Plus rarement est‐il évoqué que douze enfants ont été reconnu‐es victimes de viols, d'agressions sexuelles et de proxénétisme. De même, leurs témoignages dans le box habituellement réservé aux accusé‐es, face à une vingtaine d'avocat-es les questionnant parfois jusqu'aux larmes, semblent être un souvenir que n'évoquent plus que les militant‐es féministes ou enfantistes.
Depuis plusieurs mois, les affaires de violences sexuelles dans le périscolaire à Paris, sous la responsabilité de la municipalité, défraient la chronique. Au début du mois d'avril, le maire nouvellement élu Emmanuel Grégoire a annoncé un plan d'action chiffré à près de 20 millions d'euros prévoyant une politique dite de « tolérance zéro ». La mairie a également révélé en conférence de presse que 78 animateur‐rices ont été suspendu‐es depuis janvier 2026, dont 31 pour suspicion de violences sexuelles. C'est plus de cas que ceux recensés entre 2023 et 2025, et certain‐es dénoncent l'inaction de la municipalité durant des années.
Le 19 mai, une manifestation s'inquiétant des suspensions systématiques a rassemblé plusieurs centaines d'agent-es de la ville, qui rappellent aussi la nécessité de moyens suffisants. Les collectifs de parent‐es réclament également des moyens renforcés pour éviter qu'un‑e adulte soit seul‑e avec un‑e enfant. Des mesures sans doute plus coûteuses que le plan d'action actuel, qui concentre donc sur lui des critiques pour certaines légitimes, et qui affaiblissent de fait la lutte contre les violences faites aux enfants.
Dans toutes les affaires de violences sexuelles, la présomption d'innocence est brandie comme pour se laver de l'opprobre. Les statistiques donnent le tourni : on estime que trois enfants par classe sont victimes d'inceste. Il n'y a pas de plan d'action et de système pénal assez grands pour contenir toute cette injustice. Mais il en est certainement qui permettent de maintenir l'illusion : dans ce secteur, dans cette ville, ces mois‐ci, tolérance zéro. La preuve que la justice ferait justice.
