Qui a le droit au cool pendant la canicule

, Numéro 25

Sur quoi surfer pendant la vague de chaleur ? Dans les journaux, à la télévision, sur les réseaux sociaux : chacun‑e s'est emparé‑e du sujet à sa façon. Des images et des vidéos sont devenues virales, nous aidant à prendre la mesure de la situation, et quelque part, à mieux la vivre collectivement : Anande SB est revenu avec son gros glaçon sur la tête avec sa phrase fétiche pour faire 16 millions de vues sur TikTok et on s'est mis‐es à cuire des oeufs à la chaleur du soleil.

La canicule modifie notre rapport à l'espace public, et révèle les fractures sociales. Qui peut rester chez soi, travailler en sécurité, qui a accès à des espaces de fraîcheur, qui peut dormir correctement ? On a vu le succès de la baignade au canal Saint Martin, investie par beaucoup de jeunes et d'adolescent-es et par des classes un peu plus populaires que celles qui le fréquentent habituellement. Mais on a aussi vu sur les réseaux sociaux des habitant‐es de quartiers bétonnés installer des piscines et être délogé‐es violemment par la police. Il y a eu enfin, la polémique construite de toute pièce par les médias d'extrême droite autour de Hamza dit « la douane », un adolescent de 13 ans qui menace les passant‐es avec un pistolet à eau sur le canal Saint‐Martin. Hamza a été placé en garde à vue samedi 27 juin, a été interpellé plusieurs fois par la police et subit une instrumentalisation raciste massive.

Au milieu de tout ça s'est tenue la fashion week parisienne, à l'occasion de laquelle Louis Vuitton a installé une vague d'eau artificielle géante pour son défilé : le pic de l'absurde et du décalage quand le reste du monde déploie des trésors d'inventivité pour rester au frais, en sécurité, voire en vie. N'en déplaise à Yann Barthès : face aux dérèglements climatiques, nous sommes loin d'être tous‐tes logé‐es à la même enseigne.

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