« France is wild » s'affiche en lettres blanches capitales sur l'écran du smartphone. Derrière, durant 32 secondes exactement, défilent des images de sous‐marins, de centrales nucléaires, de trains. Mais dans cette vidéo postée le 18 mars dernier sur le compte TikTok officiel d'Emmanuel Macron, ce qui frappe, c'est la proportion d'images militaires : chargement d'un missile dans un canon, images à travers un viseur infrarouge, qui cherchent à donner l'impression d'images d'opération.
Dans sa propagande, l'armée use ordinairement des vieux clichées : celle de la grande maison dans laquelle chacun‑e trouverait sa place, et où l'on passerait le plus clair de son temps à faire de l'exercice et jouer dans la nature, entre deux missions d'aide ou de protection des populations civiles lors de grandes catastrophes ou menaces d'attentats.
Elle prétend proposer ce que le marché du travail ne propose pas : un métier, une formation rémunérées à celleux qui n'en ont pas, et une insertion facilitée dans la société à la sortie.
Mais en 2026, revient aussi en force le registre de la guerre elle‐même, de la défense du territoire et de la puissance de la France. L'armée doit en effet faire avec une nouvelle donnée : lorsque les gouvernements affirment publiquement ajuster leurs dépenses militaires dans l'éventualité d'un conflit ouvert avec la Russie, cela veut dire que celleux qui s'engagent maintenant pourraient être amené‐es à y être déployé‐es.
La couverture presse massive sur la « guerre des drones » sur le front ukrainien s'inscrit dans la propagande plus large autour de la guerre ultra‐technologique. Elle tourne autour d'une idée centrale : pour le pays qui possède la technologie, les pertes sont extrêmement faibles, et la guerre est un jeu vidéo. C'est partiellement vrai dans les conflits asymétriques, au Liban, à Gaza, et même dès les années 2010 en Irak et en Afghanistan. La technologie est un intermédiaire à travers lequel les soldat‐es du Nord peuvent tuer sans voir le visage de leurs victimes.
Mais dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie, comme dans n'importe quel potentiel conflit frontalier en Europe, une ligne de front s'étend sur des centaines de kilomètres au‐dessus de laquelle volent les drones des deux camps. Les dispositifs anti‐drone sont globalement peu efficaces. La guerre a dépassé en début d'année les 500 000 morts. Ces deux dernières années, 80 à 90% des morts sur la ligne de front le sont sous les frappes des drones.
Sur le champ de bataille, la réalité est donc loin de la propagande. Il n'y a pas de glorieux face‐à‐face entre combattants virils et d'assauts courageux. Les soldat‐es sont de la chair à canon, que l'on envoie tenir une bande de territoire, où iels se rendent à l'aveugle, en espérant ne pas entendre le vrombissement des hélices. À la seconde où c'est le cas, iels se savent déjà mort‐es.
