Si Marine Le Pen tient parole, elle ne sera pas candidate à l'élection présidentielle. Elle est à nouveau condamnée en appel. Elle n’est plus inéligible, mais sa condamnation à de la prison ferme implique qu’elle soit prochainement sous bracelet électronique. Un revirement reste encore possible, mais Marine Le Pen l'avait annoncé : elle se considérerait empêchée si elle devait faire campagne sous bracelet.
C'est donc probablement Jordan Bardella qui sera candidat à la présidentielle. Mais cette affaire a montré que la justice n’est pas un rempart contre le fascisme. Le tribunal a levé la peine d’inéligibilité, considérant qu’il n’avait pas à trancher à la place du peuple. Le premier procès est donc ramené au rang de simulacre d’une justice sévère, qui servira avant tout au RN à jouer les martyres. Il va donc falloir mener sérieusement campagne contre le RN.
Il va donc falloir mener sérieusement campagne contre le RN.
Un programme économique plus libéral, une alliance plus claire avec les ultra‐riches et le grand patronat, et surtout, de mauvaises performances en débat dans les précédentes élections : oui, Jordan Bardella semble un adversaire plus facile pour la gauche de rupture.
Mais une candidature de Bardella n’est pas un désastre pour tout le monde. Des factions s’affrontent au sein du RN et autour de lui, et certain‐es sont très satisfait‐es de la candidature de Bardella. Ce dernier déjeunait avec le Medef en avril dernier. Depuis que le président du parti est pressenti comme le nouveau candidat à la présidentielle, le patronat se rapproche du RN plus qu’il ne l’avait jamais fait.
Ce n’est pas qu’une question de ligne politique. L’impréparation du candidat, sa mauvaise connaissance des dossiers, peuvent constituer, pour le bloc libéral autoritaire, un argument en faveur du soutien de sa candidature. Au siècle dernier, c’est parce qu’il apparaissait peu puissant et manipulable que les centristes allemands ont nommé Hitler chancelier.
Or, le RN est toujours le même. Non seulement Marine Le Pen fera la campagne de Bardella, mais un parti, ça n’est pas seulement quelques têtes visibles : ce sont des dizaines de cadres que le RN aspire mettre à la tête des postes clés du pays. Bardella est peut‐être, individuellement, un adversaire plus facile, mais à quelques semaines du premier tour, si l’effondrement du bloc central se confirme, le système médiatique basculera encore plus facilement vers lui qu’il ne le fait vers Marine Le Pen.
Pour rendre ce recours impossible, il faut que la candidature de Bardella apparaisse le plus tôt possible comme ayant peu de chance de l’emporter. Il faut renverser le récit du fascisme inéluctable que les médias ont construit depuis 20 ans, avant la dernière phase de la campagne.
En se lançant avant tout le monde, Jean‐Luc Mélenchon et les insoumis‐es l’ont très bien compris. Cela a déjà commencé.
