Maltraitances en milieu pédopsychiatrique : arrêtons de détourner le regard

, Numéro 22

Photo Maltraitances en milieu pédopsychiatrique : arrêtons de détourner le regard

Le 6 mai dernier, l'Agence régionale de santé (ARS) Île‐de‐France publiait un rapport on ne peut plus glaçant sur les pratiques de la Fondation Vallée, un centre hospitalier spécialisé en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, implanté à Gentilly, dans le Val‐de‐Marne. Un document de 141 pages rendu public après la fermeture en urgence des quatres unités de soin du plus grand hôpital pédopsychiatrique de France – une décision rare, prise au regard de la gravité des faits constatés sur place.

Isolements abusifs, contentions mécaniques, soins inadaptés, restrictions mais aussi surveillance des communications entre les parents et les enfants… La liste des maltraitances relevées à l'issue de l'inspection menée par l'ARS est longue et difficile à appréhender tant certaines pratiques appartiennent à un autre temps.

Pourtant, l'établissement était dans la tourmente depuis plusieurs mois déjà. Tout commence à l'été 2025 lorsque plusieurs signalements concordants parviennent à l'agence francilienne. La Fondation Vallée, qui accueille principalement des enfants atteint‐es de maladies psychiatriques et de troubles du neurodéveloppement, dont l'autisme, est accusée de recourir de manière répétée à l'isolement. Une pratique censée être exceptionnelle. L'autorité sanitaire adresse alors un premier rappel à l'ordre à l'établissement avant de diligenter une inspection au mois de novembre afin d'évaluer l'ampleur des dysfonctionnements. Quelques mois plus tard, la sanction tombe : les unités de soin doivent fermer sur le champ.

En cause, un recours à l'isolement et à la contention « usuel et banalisé », des conditions d'hospitalisation « portant atteinte aux droits des enfants et de leur famille », un personnel insuffisamment formé aux bonnes pratiques et des jeunes ne disposant pas de « projet de soins personnalisé ».

Des maltraitances auxquelles s'ajoutent des défaillances structurelles. Au cours de leur visite, les inspecteur‐ices ont relevé, dans les pièces destinées à l'isolement, l'absence de dispositif d'appel et de repères temporels ainsi qu'un accès inexistant aux sanitaires. Des conditions de vie qui interrogent, notamment lorsque des familles, souvent désemparées et incomprises, choisissent de confier leur enfant à une institution censée les accompagner et les protéger.

Si les soignant‐es de l'établissement se sont rassemblé‐es le 13 mai pour dénoncer un rapport « truffé d'erreurs et d'incohérences », tout en se défendant de maltraitances, cette affaire est loin d'être un cas isolé et confirme le caractère systémique des violences institutionnelles. Faute de place en institut spécialisé et de personnel suffisamment formé aux troubles psychiques et du neurodéveloppement, l'hôpital psychiatrique devient le lieu de relégation par défaut pour des enfants et adolescent‐es ne bénéficiant pas de prise en charge adaptée. Dans ce contexte de saturation et d'épuisement, l'incompréhension face aux crises et aux comportements difficiles laisse rapidement place à des pratiques coercitives.

Il n'est plus possible de regarder ailleurs. Les rapports dénonçant des violences envers les enfants se multiplient, tandis que plusieurs documentaires et enquêtes avaient déjà tiré la sonnette d'alarme ces dernières années.

On ne le répétera jamais assez : les enfants figurent parmi les premières victimes de violences. Et les enfants porteurs de troubles psychiques ou de handicap y sont encore davantage exposé‐es.

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