Il y a des manières de présenter le féminisme qui rassurent : « Egalité hommes‐femmes ». Un slogan adoré par les féministes libérales, suffisamment large pour faire consensus, suffisamment vague pour ne rien déranger. Mais derrière cette définition, une question demeure : de quelle femmes parle‐t‐on et à qui ce féminisme profite‐t‐il réellement ?
À l’heure où les discours réactionnaires se durcissent, où les offensives racistes et autoritaires se banalisent, nous refusons un féminisme qui se contente d’accompagner l’ordre existant. Car un féminisme qui ne s’attaque pas aux rapports de race, de classe et à l’impérialisme n’est pas seulement incomplet, il devient un outil de consolidation de la domination.
Depuis plusieurs années, les critiques du féminisme blanc, libéral et bourgeois se multiplient et elles sont nécessaires. Elles ont permis de nommer ses angles morts : son indifférence aux violences d’État, son effacement des femmes minorisées, ou encore son instrumentalisation au service de politiques racistes et impérialistes. Mais critiquer ne suffit pas. Et parfois, à force de constater les impasses, le risque est grand de s’en tenir à une posture critique sans construire d’alternative. Pourtant, cette alternative existe déjà. Elle se déploie dans les luttes portées par celles que ce féminisme dominant a longtemps reléguées aux marges. Elle se construit dans les organisations de femmes racisées, dans les collectifs trans, dans les mobilisations diasporiques, dans les espaces où le féminisme n’est pas du développement personnel mais une nécessité politique matérielle.
Sa visibilité grandissante suscite en retour des résistances. Le fémonationalisme en est l’une des formes les plus flagrantes : instrumentaliser les droits des femmes pour légitimer des politiques racistes, sécuritaires ou impérialistes.
Face à cela, l’enjeu n’est pas seulement de corriger le manque de représentations, il est de construire une convergence stratégique. Nous sommes de celles qui continuent de voir dans le féminisme un intérêt dans la lutte contre le patriarcat, certes, mais aussi le racisme, le fascisme et l’impérialisme.
Et parce que ces discussions ne peuvent pas rester enfermées dans les pages d’un journal, nous vous donnons rendez‐vous le 21 avril à 19h au Point Ephemère (Paris 19) pour une table ronde : « Après le féminisme blanc bourgeois ». Avec Danièle Obono, Léa Chamboncel, Niléane Dorffer, Khedidja Zerouali et Manal Suliman Ahmed, nous partirons des expériences, des pensées et des pratiques de celles qui font vivre, concrètement, ce féminisme. Et si vous êtes d’accord pour dire que la fête est politique, vous pourrez profiter d’un DJ set de Kahi Baby et Diane Wurtz.
