Catégorie : comprendre

  • La sécheresse

    La sécheresse

    Aux vieux adages paysans sur la météo, devra‐t‐on bientôt rajouter « Canicule en juillet, sécheresse en août » ? Lundi 13 juillet, l’État a indiqué qu’il avait activé le plan national de gestion de la sécheresse. Car si c’est en août que le danger sera le plus grand, en pratique, celle‐ci a déjà commencé.

    La sécheresse se mesure à plusieurs niveaux, avec chacun des impacts plus ou moins retardés. D’abord les cours d’eau : à ce jour, un quart des plus petits sont à sec, pour la première fois depuis que cela est suivi nationalement. Pour un tiers des stations de mesures du pays, il s’agit du record en 20 ans. La Loire est à un niveau historiquement bas, nécessitant l’ouverture des barrages et des lacs réservoirs.

    Ces derniers sont remplis, cette année, en moyenne à 70%, grâce aux importantes pluies du printemps. Mais ils ont justement été ouverts plus tôt que les années précédentes. Les nappes phréatiques sont à un bon niveau aussi de départ, mais baissent rapidement.

    Quasiment tous les départements sont déjà soumis à des restrictions d’eau, au moins pour les professionnel‐les, notamment l’irrigation agricole ou les usages industriels. Les préfets décident de ces restrictions, et peuvent aussi les appliquer aux particuliers, pour interdire le remplissage des piscines ou le lavage des véhicules. Un peu moins de la moitié sont classés en niveau de crise. C’est le sud‐ouest de la France qui se trouve le plus dans cette situation : être proche de la mer ne prévient pas la sécheresse des sols et des cours d’eau.

    Au‐delà de l’impact économique et sur les populations, la biodiversité est frappée de plein fouet. Oiseaux, chauve‐souris, mammifères sont victimes des fortes chaleurs et du manque d’eau, à laquelle, contrairement aux humains, ils ne peuvent accéder qu’en surface.

  • La règle du hors‐jeu

    Coupe du monde oblige, on devait parler de foot. Et quoi de mieux que cette rubrique pour expliquer une des règles les plus complexes du ballon rond, à tel point qu'elle en devient un sujet de blagues, souvent misogynes d'ailleurs.

    Sur le principe, la règle du hors‐jeu est simple. L'idée est d'interdire à des attaquant‐es, ou des joueur‐ses en milieu de terrain, de passer directement la balle à un‑e joueur‐se qui se situerait en avant, derrière tous‐tes les défenseur‐ses. Ce joueur est dit « hors‐jeu ». On évite ainsi qu'un‑e attaquant‑e se retrouve trop facilement seul‑e face au but et au gardien, sans que l'équipe ait fait le travail de contourner la défense. Ainsi, lorsque la pression se relâche et que la défense remonte un peu le terrain, l'attaque adverse doit elle aussi reculer pour rester face à elle. Elle ne peut pas se poster près des buts et attendre une passe longue de l'autre bout du terrain : la passe sera sifflée par l'arbitre.

    Mais la complexité est dans les détails de son application. D'abord pour déterminer si une passe est autorisée ou non, on regarde la position des joueur‐ses au moment où la passe est lancée, et non au moment où elle est reçue. Il est donc autorisé de recevoir une passe derrière les défenseur‐es adverses, pour peu qu'on n'ait pas été en position de hors‐jeu au moment où la passe a été initiée par le ou la coéquipier‑e. Enfin, il y a une deuxième subtilité : si dans la majorité des cas, la position de hors‐jeu consiste à se trouver derrière le‑a dernier‑e défenseur‑e, en réalité, la règle exacte interdit de se trouver après l'avant-dernier‑e joueur‐se, gardien‐ne compris. Ainsi, si le‑a gardien‐ne est sorti‑e loin de ses cages, une passe devant le‑a dernier‑e defenseur‑e, mais derrière le goal, compte comme un hors‐jeu aussi.

  • L'écofascisme

    L'écofascisme

    Le terme « écofascisme » désigne généralement la synthèse entre les préoccupations environnementales et les politiques d'extrême droite. L'écofascisme s'appuie sur plusieurs idées : la surpopulation et l'immigration menaceraient l'équilibre écologique, et la conservation de la nature justifierait un séparatisme racial ou des ordres sociaux inégalitaires. Pour certain‐es, l'écofascisme pourrait prendre la forme d'un totalitarisme gérant la pénurie des ressources aux profits d'une minorité de personnes.

    Les racines de l'écofascisme empruntent au mouvement völkisch au sein de la révolution conservatrice allemande du XIXe siècle, qui liait l'identité raciale germanique à une nature originelle et « pure ». Pour Hitler, cet imaginaire a servi à répandre le national socialisme en Allemagne et le slogan nazi « Sang et Sol » (Blut und Boden) reprend l'idée d'un lien mystique entre le peuple et sa terre. L'écofascisme emprunte aussi au darwinisme social et au néo‐malthusianisme : la gestion de la population dans un monde de ressources finies implique d'instaurer des hiérarchies et de les biologiser. Pour certain‐es eugénistes, la préservation de l'environnement implique une préservation de la race blanche.

    En France, le Rassemblement national cherche à incorporer les enjeux environnementaux à ses revendications, en portant les frontières comme remparts écologiques et en liant l'immigration à la capacité de l'environnement sur le territoire national à la prendre en charge. L'écofascisme est un concept débattu à gauche aussi. Pour certain‐es auteur‐rices, le terme en lui‐même tombe dans le piège de l'extrême droite en la laissant s'approprier des thèmes émancipatoires. Le terme est également récupéré par des conservateur‐rices pour critiquer le militantisme écologiste, comme l'idée de « dictature verte ».

  • La diffamation en droit

    La diffamation en droit

    La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet est poursuivie pour diffamation par Tefal après avoir accusé le fabricant d’articles de cuisine de mener une « répression patronale violente » contre une militante qui avait révélé la présence de PFAS dans certains produits commercialisés par le groupe.

    La loi définit la diffamation comme le fait de porter atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne par des accusations infondées. Elle peut être publique ou non publique. Dans le second cas, les sanctions sont plus légères car les propos ont été tenus dans un cadre restreint et strictement privé.

    Les poursuites pour diffamation sont parfois dénoncées comme des « procédures bâillon » visant à décourager la prise de parole publique, notamment dans les affaires de violences sexuelles, exposant les femmes à leurs agresseurs.

    Les victimes de diffamation peuvent porter plainte contre l’auteur-rice en se rendant à la gendarmerie, au commissariat de police ou en envoyant une plainte au tribunal judiciaire. Celle‐ci doit être déposée dans un délai de trois mois après l’infraction. Lorsque l’auteur-rice des propos n’est pas identifié‑e, il est possible de porter plainte contre X. En cas de diffamation publique, l’accusé‑e encourt une amende de 12 000€, qui peut être portée jusqu’à 45 000€ en cas de circonstances aggravantes. La diffamation non publique est quant à elle passible d’une amende de 38€, portée à 1 500€ lorsque les propos présentent un caractère raciste, sexiste, homophobe ou handiphobe.

    Dans cette affaire, Sophie Binet encourt donc jusqu’à 12 000€ d’amende. Fabien Gay, le directeur de publication de l’Humanité est également poursuivi pour diffamation pour avoir diffusé ses propos dans le journal. Tous deux pourront se défendre en convoquant des preuves solides prouvant la véracité des faits et en justifiant leur bonne foi.

  • Restitution des biens culturels

    Restitution des biens culturels

    Le 8 mai 2026, le Parlement français a définitivement adopté la « loi relative à la restitution de biens culturels ayant fait l'objet d'une appropriation illicite ». Cette loi, qui vise notamment les objets ramenés en France pendant la période coloniale, prévoit de nouvelles modalités de restitution aux États qui en font la demande de biens culturels conservés dans les collections des musées français.

    De telles restitutions étaient jusqu'à présent freinées, voire totalement empêchées par le code du patrimoine français, qui fixait un principe d'inaliénabilité et d'imprescriptibilité de ces collections : une fois entrée dans le patrimoine public national, les objets ne pouvaient théoriquement jamais en sortir, peu importe le contexte de leurs acquisitions. Les restitutions étaient des exceptions à ces principes, laissées au bon vouloir des autorités françaises.

    Le nouveau cadre législatif prévoit au contraire une procédure pour tout objet ayant fait l'objet « d'une appropriation par vol, par pillage ou par cession ou libéralité obtenues par contrainte ou violence ou consenties par une personne qui ne pouvait disposer du bien. » Elle ouvre ainsi la voie à la sortie de nombreux biens des collections françaises : pour les seuls pays africains, on estime que 150 000 objets ramenés pendant la colonisation se trouvent actuellement dans les collections de 250 musées publics.

    Dans le même temps, le cadre fixé maintient le rapport asymétrique avec les États demandeurs, qui doivent prouver le caractère illicite de l'entrée des objets dans les collections français pour justifier leur retour. Pourtant, la majorité des objets concernés ont été enregistrés dans les collections sans précision sur les modalités d'acquisition. L'éclaircissement de leur provenance nécessiterait une démarche proactive d'investigation de leur provenance par les musées européens.

  • La pollution sonore, un enjeu de santé publique

    La pollution sonore, un enjeu de santé publique

    Qu'on habite en milieu urbain ou rural, on peut être sujet‐te à une exposition sonore dangereuse. L'Agence européenne pour l'environnement estime que 20% de la population européenne est exposée à des niveaux de bruit dépassant les seuils de dangerosité . Ces seuils ne sont pas toujours associés à des réglementations, et même si c’est le cas, il est souvent difficile de prouver des infractions. En effet, la réglementation européenne ne prend en compte que le bruit environnemental, principalement causé par le trafic routier, aérien et ferroviaire, les activités industrielles et du bâtiment, et les zones urbaines. 

    Une forte exposition au bruit peut avoir un impact fort sur la santé : troubles du sommeil, stress oxydatif, problèmes cardiovasculaires, dépression ou anxiété… L'exposition au bruit en général peut aussi accélérer la perte d'audition naturellement causée par le vieillissement. Ces pertes, qu’elles soient causées par des bruits constants ou ponctuels, sont souvent définitives. 

    Comme beaucoup de risques de santé, l'exposition au bruit est très inégalement répartie dans la population : les ouvrier‐es y sont davantage exposé‐es que les cadres. Les quartiers populaires sont presque toujours les plus touchés par cette pollution, car situés à proximité de grands axes routiers, de gares ou de sites industriels. De forts liens ont été établis par des recherches récentes entre le statut socio‐économique et d’une part l’environnement acoustique, mais aussi la valeur accordée au silence. Le calme, indicateur plus subjectif, est très valorisé dans des milieux plus aisés dans les cultures occidentales. Des normes culturelles plus collectivistes sont systématiquement reliées à des niveaux de bruits plus importants, bien qu’associés à une meilleure qualité de vie globale. 

  • L’endométriose

    Maladie gynécologique longtemps ignorée, l’endométriose touche environ 1 femme sur 10 en France, 2 millions de personnes menstruées. Elle se manifeste par la présence, en dehors de l’utérus, de fragments de muqueuse utérine. Après l’ovulation, cette muqueuse, appelée endomètre, s’épaissit pour se préparer à une éventuelle fécondation. En son absence, les règles surviennent. Chez les personnes atteintes d’endométriose, ces fragments de muqueuse épaississent et saignent mais ne sont pas évacués, contrairement aux menstruations. Ils migrent alors hors de l’utérus et se déposent sur d’autres organes, comme les ovaires ou l’abdomen, où ils provoquent des réactions inflammatoires et forment des lésions, des cicatrices, voire des kystes. 

    Ces lésions sont responsables de symptômes variés et invalidants, notamment pendant les règles. Les personnes concernées évoquent des douleurs en bas du ventre, des nausées, des vomissements et parfois des pertes de connaissance. L’endométriose peut également entraîner des douleurs lors des rapports sexuels, des troubles psychiques et, dans certains cas, de l’infertlité.

    Les causes de la maladie restent mal connues. Aujourd’hui, il n’existe aucun traitement pour traiter la maladie, mais il est possible d’atténuer les symptômes à l’aide d’anti-inflammatoires, de contraceptifs ou en ayant recours à la chirurgie. Ce qui frappe lorsqu’on parle d’endométriose, c’est l’errance thérapeutique auxquelles les personnes sont confrontées. Il faut en moyenne 7 à 10 ans pour que la maladie leur soit diagnostiquée car souvent, la souffrance des patient‐es n’est pas prise au sérieux. Une négligence héritée de la médecine qui a longtemps minimisé et nié le mal‐être des femmes. Des avancées récentes, comme le test salivaire pour le diagnostic, ouvrent néanmoins la voie à des perspectives encourageantes.

  • « Apologie du terrorisme » : un outil plus politique que juridique 

    « Apologie du terrorisme » : un outil plus politique que juridique 

    L’eurodéputée insoumise Rima Hassan devra comparaître le 7 juillet prochain pour des soupçons « d’apologie du terrorisme commise en ligne » suite à son placement en garde à vue ce 2 avril. En cause : un tweet désormais supprimé, dans lequel elle faisait référence à Kōzō Okamoto, ancien membre de l’Armée rouge japonaise et proche du Front populaire de libération de la Palestine reconnu responsable de l'attentat de l'aéroport de Lod en 1972, ayant fait 26 mort‐es en Israël. 

    Figure de la lutte pour la Palestine, Rima Hassan avait déjà été auditionnée en avril 2024 pour ce même chef d’accusation. Depuis le 7 octobre, l’apologie du terrorisme a largement été mobilisée pour discréditer les voix palestiniennes et leurs soutiens. Dès son origine, le précédent « apologie » devait permettre de criminaliser toute forme d’opposition à gauche. Par exemple, des militants communistes ont pu être accusés « d’apologie de désobéissance militaire » lorsqu’ils soutenaient l’action de soldats refusant de partir combattre en Indochine colonisée. 

    Le délit a été introduit dans sa forme actuelle par la loi de novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme. Dès lors, peut être puni de 75 000 € d’amende, et jusqu’à 7 ans d’emprisonnement, le fait de justifier, glorifier ou encourager des actes considérés terroristes. 

    Ainsi ce n‘est plus seulement l’acte qui est répréhensible, mais tout soutien matériel ou moral. Ce nouveau paradigme préventif s’inscrit donc dans le renforcement sécuritaire opéré depuis les années 1980 au nom de la lutte contre le terrorisme. Pour la politologue Vanessa Codaccioni, le « terrorisme » dans le code pénal depuis 1986 a justifié des politiques de surveillance accrue ciblant les personnes considérées comme musulmanes. 

  • Le logiciel WordPress

    Le logiciel WordPress

    La version 7.0 de WordPress doit sortir dans quelques jours. Simple plateforme de blog à sa création en 2003, c’est aujourd’hui un outil complexe pour créer, souvent à l’aide de la multitude de plugins disponibles, des sites internets complets.

    WordPress est un logiciel libre, développé collaborativement par une large communauté de contributeur‐ices – à Pdf, on a ainsi corrigé il y a quelques semaines un bug dans l’affichage du sous‐système permettant d’afficher les derniers numéros sur la une du site.

    Il est possible de télécharger le logiciel gratuitement sur wordpress​.org. Néanmoins, son installation étant un peu technique, beaucoup d’utilisateur-ices préfèrent passer par des offres commerciales, qui moyennant finances, proposent des versions de WordPress pré‐installées et personnalisables. La plus connue de ces offres – mais de nombreuses autres existent – est wordpress​.com, derrière laquelle se trouve l’entreprise Automatic, principal sponsor des contributions de la communauté.

    Bien qu’accessible au grand public à travers ces plateformes, c’est cependant entre les mains de professionnels du web que WordPress déploie toute sa puissance. Des milliers d'agences web dans le monde l'utilisent comme base pour réaliser des sites pour leurs clients. Entre toutes ces situations, WordPress, le plus souvent invisible, était en fait en 2024, le logiciel derrière 43,2% des sites web, un chiffre en constante augmentation (25% en 2015, 40% en 2021…).

    La version à sortir apporte comme les précédentes son lot de nouvelles fonctionnalités. Pour celle‐ci, et les versions mineures à venir (7.x) jusqu’à la version 8.0, le focus sera mis sur la collaboration : pouvoir éditer en temps réel les articles comme sur un Google Doc ou un Framapad. De quoi faciliter le travail des contributrices et des relectrices de Pdf dans les prochains mois…

  • La dissuasion nucléaire

    La dissuasion nucléaire

    La dissuasion est un élément central des programmes de sécurité nationale des États détenteurs de l'arme nucléaire. En théorie, il s’agit d’une stratégie fondée sur la peur mutuelle et la garantie de riposte ; en pratique, il s’agit surtout d’un levier dont les grandes puissances peuvent user contre la quasi‐totalité des autres pays.

    Suivant les pays, les arsenaux varient massivement : les États‐Unis et la Russie disposent chacun de plus de 5 000 armes nucléaires, tandis que la France, le Royaume‐Uni et la Chine en sont doté‑es de moins de 500.

    Le gouvernement français explique ce gouffre par plusieurs choix stratégiques. D’abord, en vertu du principe de « stricte suffisance », le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères indique que la France maintient son arsenal « au plus bas niveau possible compatible avec le contexte stratégique et l’évolution prévisible de la menace ». Il reste toutefois suffisant pour causer plusieurs dizaines de millions de morts.

    La France motive aussi cet écart d’équipement par son usage prévu de l’arme nucléaire, qui serait destinée à être utilisée comme ultime avertissement en cas d’atteinte aux « intérêts vitaux de la Nation », volontairement flous.

    Le discours d’Emmanuel Macron du 2 mars à l’île Longue, dans le Finistère, marque un tournant dans la stratégie de dissuasion nucléaire de l’État français. Le chef de l’État justifie le développement du nouveau sous‐marin lanceur d’engins « L’Invincible » (ça ne s’invente pas !), la création d’un parapluie nucléaire français et l’agrandissement du stock d’ogives nucléaires, par un contexte de fortes tensions internationales et l’arrivée à échéance du traité de désarmement USA – Russie New START.

    Cette évolution signe l’entrée de la France dans une nouvelle course aux armements nucléaires – espérons qu’on en verra le bout.