Catégorie : actu

  • L’audiovisuel public, pas assez de droite ? 

    L’audiovisuel public, pas assez de droite ? 

    Ce mardi 5 mai, la publication du rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » est une victoire pour son rapporteur, Charles Alloncle, député UDR ‒ le parti d’Éric Ciotti allié au Rassemblement national. Rien ne garantissait la publication des près de 400 pages dénonçant un coût jugé excessif et un supposé biais « gauchiste » des médias publics. Les six mois d’auditions ont été marqués par plusieurs polémiques, jusqu’à ce que les méthodes du rapporteur fassent l’objet d’un rappel à l'ordre de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun‐Pivet.

    Pour justifier ses accusations, Charles Alloncle s’est notamment appuyé sur une étude réalisée à l’aide de ChatGPT par l’Institut Thomas More, financé par l’ultra-conservateur Pierre‐Édouard Stérin. L’IA a considéré comme « de gauche » la météo, ou un reportage sur les féminicides. De plus, selon des révélations du Monde début mai, une série de questions visant à orienter les auditions aurait été envoyée à des membres de la commission par la direction de Lagardère News, principalement détenue par Vincent Bolloré. Malgré ces controverses, le rapport a été adopté de justesse par des député‐es anticipant des accusations de censure de l’extrême droite. 

    Parmi les 70 recommandations, le rapporteur propose de supprimer plusieurs programmes jugés « militants » : la radio Mouv’ dédiée au hip‐hop, la chaîne France 4 pour la culture et la jeunesse, ou la plateforme France​.tv Slash, notamment critiquée pour ses contenus sur le racisme ou « pédopornographiques transexuels » (selon ses termes). Le rapporteur préconise également des fusions (France 5 avec France 2, franceinfo TV avec France 24) et des réductions de dépenses sur les jeux et le sport, afin d’économiser jusqu’à un milliard d’euros sur un budget actuel de quatre milliards. Charles Alloncle souhaite allouer ces économies à la rénovation du patrimoine et « au désendettement de l’État »

    Le député ciottiste n’évoque pas explicitement une privatisation de l’audiovisuel public, comme en appelle de ses vœux le Rassemblement national, mais une baisse de financements et une mainmise directe de l'exécutif. Il plaide pour une nomination des dirigeant‐es de France TV, Radio France et France Média Monde par le président de la République, ainsi que « les principales fonctions de direction », par le ministère de tutelle. Comme l’ont fait Giorgia Meloni en Italie ou Viktor Orban en Hongrie, en somme : les médias publics n’ont pas été privatisés, mais repris en main par le gouvernement et mis à la botte du pouvoir. 

    De son côté, le président de la commission, Jérémie Patrier‐Leitus, a plaidé pour une fusion de l’audiovisuel public. Le député Horizon était en effet le rapporteur du projet de loi mis au placard en mars dernier et prévoyant de rassembler l’ensemble des médias publics au sein d’une même holding. L’idée avait provoqué des mouvements de grève au sein des rédactions de Radio France et France TV, en raison des craintes pesant sur l’indépendance et le pluralisme de l’information. 

    La « gauchisation » des médias publics reste à relativiser : après l’arrivée d’anciens chroniqueur‐ses de CNews sur Franceinfo, c’est au tour d’Eugénie Bastié d’être choisie par France 2 pour son émission présidentielle à partir de septembre. Journaliste au Figaro, chroniqueuse sur CNews et Europe 1, et cofondatrice de la catholique et conservatrice revue Limite, elle est souvent comparée à Eric Zemmour, notamment pour ses positions anti‐avortement.

  • Flottille interceptée à Gaza : la mobilisation continue

    Flottille interceptée à Gaza : la mobilisation continue

    Dans la nuit du 29 au 30 avril dernier, une nouvelle flottille a été interceptée par l’armée israélienne au large de la Crète. Composée d’une soixantaine de bateaux, la flottille humanitaire Global Sumud s’était élancée plus tôt ce mois‐ci depuis Marseille, Barcelone et Syracuse avec à son bord des militant‐es pro‐palestinien‐nes. L’objectif : briser le blocus humanitaire imposé par Israël à Gaza et venir en aide aux personnes, adultes comme enfants qui tentent de survivre. 

    Alors que l’escadre faisait route vers la Grèce, la marine militaire israélienne a arraisonné 21 bateaux et arrêté près de 200 activistes, à plus de 1 000 kilomètres de Gaza. Une opération d’ampleur illégale au regard du droit international. Si la quasi‐totalité des militant‐es ont depuis été relaché‐es ‒ à l’exception du Brésilien Thiago Avila et de l’Espagnol Saif Abu Keshek, retenus captifs pour être interrogés ‒ tous‐tes dénoncent la violence des soldats israéliens. À commencer par l’élue communiste Raphaëlle Primet qui a relaté des conditions de détention éprouvantes, entre privation de sommeil, violences physiques, températures glaciales la nuit et caniculaires le jour.

    Du côté du gouvernement français, le silence interroge. Aucun‑e de ses membres n’a pris la parole quant à la détention de 15 de ses ressortissant‐es. Seul Pascal Confavreux, porte‐parole du ministère des Affaires étrangères, s’est exprimé lors d’une conférence de presse. Une absence de réaction au plus haut niveau de l’État, qui contribue à reléguer au second plan à la fois la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne, et les tensions qu’elle suscite au‐delà de ses frontières. 

    Mais malgré ce désintérêt affiché, sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas. Pour preuve, l’Association France Palestine Solidarité a appelé à se rassembler le soir même de l’arrestation, en solidarité avec les équipages de la flottille, ainsi que pour exiger la libération des civil‐es détenu‐es. De Lyon à Marseille, en passant par Montpellier, Morlaix ou encore Mulhouse, plusieurs villes ont répondu à l’appel. À Millau, dans l’Aveyron, des militant‐es ont installé un campement et se sont relayé‐es jour et nuit pendant quatre jours.

    Pendant ce temps, les embarcations qui ont échappé à l’interception ont rejoint la Crète avec l’intention de poursuivre la mission. Une détermination qui s’inscrit dans la continuité des précédentes tentatives : à l’été et l’automne 2025, la flottille Global Sumud avait déjà été arrêtée par l’État hébreu alors que ses militant‐es entreprenaient leur premier voyage à travers la mer Méditerranée jusqu’aux abords de Gaza. L’activiste suédoise Greta Thunberg et l’eurodéputée Rima Hassan avaient pris part à la mission qui avait attiré l’attention du monde entier.

  • Face aux risques des réseaux sociaux pour la jeunesse, Macron répond par la répression 

    Face aux risques des réseaux sociaux pour la jeunesse, Macron répond par la répression 

    Depuis le début de l’année, Emmanuel Macron multiplie les déclarations pour interdire les réseaux sociaux aux adolescent‐es ; à l’image de son passage sur BFM TV le 16 avril, dans lequel il propose une « journée sans connexion » mensuelle pour les moins de 15 ans.

    Le président semble faire une de ses priorités pour la jeunesse que de limiter au plus les usages du numérique. Ainsi, Macron avait demandé que la proposition de loi soumise en janvier à l’Assemblée Nationale, voulant interdire le portable au lycée et les réseaux sociaux aux moins de 15 ans fasse l’objet d’une procédure accélérée, afin qu’elle puisse entrer en vigueur dès la rentrée prochaine. Cette proposition a par ailleurs reçu un accueil favorable quasi‐unanime de la part de l'hémicycle, à l’exception des député‐es insoumis‐es.

    Ces propositions font suite à un rapport de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) sur l’usage des réseaux sociaux et la santé des adolescent‐es sorti fin 2025. Le rapport pointe notamment des risques en matière de santé mentale sur l’altération du sommeil, de l’attention, les risques d’auto-dévalorisation, d’exposition à des contenus violents ou incitant au risque. Il souligne aussi que les filles sont plus exposées que les garçons à ces risques, notamment car elles utilisent plus les réseaux et plus de réseaux d’images qui incitent aux phénomènes de comparaison ; elles sont plus souvent cyberharcelées, et aussi plus vulnérables aux violences sexuelles en ligne.

    Si l’utilisation intensive des réseaux sociaux par les jeunes présente des risques qu’il est nécessaire d’évaluer et de prendre en charge, les éléments pointés par l’ANSES viennent en premier lieu du modèle économique des réseaux sociaux, celui d’une économie de l’attention et d’une monétisation des données personnelles. Mais la proposition de loi préfère placer la responsabilité sur les mineur‐es, et refuse en creux d’agir directement du côté des plateformes. 

    Si Emmanuel Macron dit que les écrans et les réseaux sociaux sont « du temps volé au développement personnel, du temps où on ne fait pas de sport et où on ne lit pas », encore faudrait‐il mettre les moyens pour rendre accessibles ces activités au plus grand nombre. Réduire les libertés des mineurs ne permet pas de les protéger, encore moins dans la mesure où ces projets d’interdiction ne s’accompagnent pas de plus de moyens dans la jeunesse, ou dans des programmes adaptés d’éducation aux médias et aux réseaux sociaux. Par ailleurs, les réseaux sociaux peuvent aussi être un espace dans lequel il est possible de se s’informer, nouer des liens, se construire en dehors des espaces familiaux dans une période de la vie où les espaces de libertés sont rares. 

    En proposant des mesures restrictives, l’exécutif ne fait que très légèrement déplacer le problème, sans proposer de réponses sur le fond, et refuse d’y allouer pleinement les moyens.

  • Retailleau : une fuite en avant vers l’extrême-droite

    Dimanche 19 avril dernier, les adhérent‐es des Républicains ont validé au cours d’un vote interne la candidature de Bruno Retailleau à l’élection présidentielle. Malgré les désaccords dans les rangs du parti, notamment de Laurent Wauquiez qui souhaitait construire une union plus large de la droite (sans le RN mais avec Reconquête), l’ancien ministre de l’Intérieur semble donc vouloir suivre la voie ouverte il y a 20 ans par Nicolas Sarkozy, à qui ce poste avait servi de tremplin. Il semble oublier une chose : Jacques Chirac avait alors une côte de popularité supérieure à 50%, là où Emmanuel Macron frôle au contraire les records d’impopularité de la Vème République.

    Mais la victoire de Macron en 2017 a aussi changé la perception de l’élection présidentielle, la rendant en apparence beaucoup plus accessible. Alors comme tant d'autres, de tous bords politiques, pourtant à la tête de formations isolées et moribondes, Retailleau se rêve président. Un rêve ancien : en 2021 déjà, il lançait son application mobile « 2022 », coquille vide construite un peu trop tôt pour quelques dizaines de militant‐es et une non‐campagne ridicule.

    Le moment Retailleau pour 2027 est peut‐être déjà passé : d’étoile montante promise à un grand destin, il est devenu un ancien ministre de Macron parmi d’autres. À ce poste, il multipliait déjà les sorties médiatiques, proclamant que l’État de droit n’était « ni intangible ni sacré », lançant « à bas le voile ! » en meeting, ou déclarant soutenir le collectif Némésis. Mais il n’a cessé de poursuivre cette stratégie depuis, comme pour tenter de compenser son absence de dynamique. Ses déclarations récentes, appelant à mettre l’Espagne « au ban des nations européennes » parce que son gouvernement socialiste a mené une politique de régularisation des étranger‐ères, nous rappelle qu’il est en réalité l’un des nombreux nouveaux visages de l’extrême-droite. 

    La campagne ne sera‐t‐elle qu’une surenchère de propositions de ce type ? Le risque c’est que pour tous ces candidats de droite, la vague n’arrivant pas, il faille tout faire pour tenter de se maintenir au‐dessus de la mêlée médiatique. C’est exactement ce que fait déjà Gabriel Attal. Et avec lui, la macronie au Parlement n’est aujourd’hui que suite de projets de lois sécuritaires, antiterroristes, anti‐immigré‐es ou de répression politique. La loi Yadan n’était que la pointe émergée de l’iceberg. Mise au vote mardi, la proposition de loi Rodwell, du nom d’un autre député Ensemble pour la République, doit permettre d’appliquer les mesures de rétention administrative anti‐terroriste aux prisonniers de droit commun, d’allonger la durée de rétention des personnes étrangères condamnées à des peines de prison, ou encore de faciliter l’hospitalisation sous contrainte en imposant administrativement des consultations psychiatriques. Elle impacte notamment les personnes trans en imposant des restrictions sur les changements de prénom. Ensuite viendra le projet de loi RIPOST, de Laurent Nuñez, là aussi tout entier axé sur la création d’outils répressifs.

    Si la désorganisation de la droite peut sembler à court terme favorable à sa défaite, elle précipite aussi sa fuite en avant vers l’extrême-droite. Mais cette conversion du libéralisme autoritaire en fascisme ne dit rien des rapports de force réels qui traversent la société. Tant qu’il atteignait les uns après les autres les objectifs qui lui étaient promis par le récit médiatique, le RN pouvait prétendre être la force qui allait renverser la table. Les législatives de 2024 marquent de ce point de vue une de ses premières défaites. Et paradoxalement, alors que tout le monde se rassemble autour de lui, l’année qui vient pourrait bien être celle de sa débâcle.

  • Kanaky‐Nouvelle‐Calédonie : l’obstination a ses limites

    Kanaky‐Nouvelle‐Calédonie : l’obstination a ses limites

    Et un revers de plus. La motion de rejet préalable du « projet de loi constitutionnelle relative à la Nouvelle‐Calédonie », déposée par le député du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) Emmanuel Tjibaou, a été adoptée jeudi 2 avril contre l’avis du Gouvernement.

    Ce projet de loi, porté par la ministre des Outre‐mer Naïma Moutchou, visait à entériner les accords de Bougival et Élysée – Oudinot, conclus respectivement en juillet 2025 et janvier 2026 entre le ministère et les principales formations politiques du territoire.

    L’accord de Bougival prévoit des avancées très relatives en matière de droits et de reconnaissance, comme la création de « l’État de la Nouvelle‐Calédonie », l’instauration d’une « nationalité calédonienne » indissociable de la nationalité française, le transfert sous conditions strictes de compétences régaliennes et relatives aux relations internationales, ainsi que de nouveaux engagements de l’État français visant à « garantir à chaque jeune un accès effectif à l'éducation, à la formation, à l'emploi, à la culture et à encourager l'engagement civique ». Cet accord traite également d’un sujet si cher à la droite, la sécurité, notamment par la construction d’un nouvel établissement pénitentiaire. Tout en s’inscrivant dans la surenchère sécuritaire et carcéraliste, ce dernier répondrait à la dramatique surpopulation du centre pénitentiaire de Nouméa, dit Camp‐Est, occupé à 135% en 2022 et tristement connu pour son insalubrité.

    Le second accord porte le nom pompeux d’« Élysée – Oudinot », en référence à l’accord Matignon – Oudinot de 1988 ayant signé la fin de la période de révolte des Événements⁠. Ce texte réaffirme le soutien de ses signataires au premier accord, permet aussi un ultime report de l’échéance des élections provinciales à décembre 2026, et, bien qu’il acte la reconnaissance d’une identité kanak, n’affiche aucune évolution en faveur de la décolonisation.

    Malgré sa signature initiale de l’accord de Bougival, le FLNKS boycotte le second et s’oppose fermement à ces deux accords. Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne et membre du bureau politique du FLNKS, expliquait en janvier dernier à L’Humanité : « Nous sommes fatigués d’expliquer […] que dans ce projet d’accord, qui a été transformé par miracle en “accord historique” par Emmanuel Macron, nos fondamentaux n’y sont pas. Nous sommes d’accord pour discuter, mais sur d’autres bases, celles de la décolonisation. » Emmanuel Tjibaou d’ajouter en commission des lois : « À la différence de l’accord de Nouméa et de celui de Matignon, dans lesquels l’État assumait ses responsabilités pour décoloniser conformément au droit international, le processus [du projet de loi, ndlr] relève du droit [français]. »

    Avec le rejet du projet de loi à l’Assemblée, l’entêtement du Gouvernement le contraint à revoir sa copie et fait entrer la Kanaky‐Nouvelle‐Calédonie dans une nouvelle période d’incertitude.

  • Excision : derrière les certitudes militantes

    Le 16 mars dernier, Faustine Bollaert recevait trois femmes concernées dans une émission intitulée « Excision : comment vivre après avoir été mutilées ? ». Les mutilations génitales féminines (MGF) sont définies par les agences onusiennes comme « l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins extérieurs ou toute autre lésion des organes génitaux féminins effectuée pour des raisons non médicales ». Les MGF sont considérées comme des violations des droits humains depuis 1993, et concerneraient 230 millions de femmes dans le monde dont 125 000 en France. Elles sont exercées dans toutes les régions du monde, principalement sur des enfants. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue quatre types de MGF : 1) ablation partielle ou totale du gland clitoridien et/ou du capuchon ; 2) ablation du gland clitoridien et des lèvres internes, avec ou sans excision des lèvres externes ; 3) l'« infibulation », rétrécissement de l'orifice vaginal par sectionnement et repositionnement des lèvres ; 4) toute autre intervention néfaste à des fins non médicales (piqûre, perforation, incision, cautérisation).

    Le récit médiatiquement spectaculaire autour de l’excision cache néanmoins une absence de consensus sur les politiques publiques à mettre en œuvre et la prise en charge des personnes concernées. Un article publié dans le Journal of Medical Ethics en septembre 2025 a ainsi fait couler beaucoup d’encre. Sous le titre de « Les méfaits de la campagne mondiale actuelle contre les MGF », il rassemble les contributions de spécialistes du droit, de l’anthropologie, de la médecine, de la sociologie, de la criminologie, de la bioéthique et avance que les pratiques de modification génitale sont universelles. Des piercings aux chirurgies de « normalisation » pratiquées sur les enfants intersexes, en passant par les labiaplasties cosmétiques de plus en plus répandues en Occident, y compris sur des mineures, ces pratiques sont extrêmement hétérogènes en termes de nature, de risques et de significations. Le terme « mutilation » visant certaines de ces pratiques les amalgame pourtant toutes sous une étiquette uniformément condamnatoire, indépendamment du niveau de risque réel. Les politiques publiques ciblant les MGF s'appliquent pourtant exclusivement aux pratiques associées aux femmes du Sud global et aux communautés migrantes. Les dispositifs de surveillance qui en découlent, comme le signalement obligatoire ou les examens médicaux forcés, érodent la confiance envers les soignant‐es et l'État. En France, depuis 2015, les familles voulant protéger leurs filles d’une excision peuvent obtenir l’asile en France, mais elles doivent être examinées et fournir tous les cinq ans un certificat de non excision à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Les auteur‐rices soulignent aussi que les campagnes abolitionnistes, portées par un récit médiatique spectaculaire et racialisé, peuvent elles‐mêmes produire des effets traumatisants pour les personnes concernées. Enfin, les auteur‐rices rappellent que dans la quasi‐totalité des sociétés où existent des pratiques génitales féminines rituelles, des pratiques équivalentes existent aussi pour les garçons mais ne sont jamais discutées.

    Cet article scientifique n’a pas manqué de faire réagir les franges « anti‐wokistes » du débat public français. « Relativisme culturel. L’excision libère du joug colonial » ironise Charlie Hebdo, « Sans surprise, les décoloniaux inclusifs et intersectionnels s'en prennent aux droits des femmes. Interdire les mutilations génitales, figurez‐vous, c'est raciste » ajoute Jean Quatremer… Une chose est sûre, avec des ami‐es pareils, les femmes n’ont pas besoin d’ennemi-es.

  • Nicolas Sarkozy de retour devant la cour d’appel de Paris pour l’affaire des financements libyens

    Condamné en première instance le 25 septembre 2025 et incarcéré vingt jours à la Prison de la Santé, Nicolas Sarkozy est de retour devant la cour d’appel de Paris du 16 mars au 3 juin, dans l’affaire des financements libyens.

    Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir été soutenu financièrement par Mouammar Kadhafi, dirigeant libyen, pour sa campagne à l’élection présidentielle de 2007. En échange de quoi, l’ex président français aurait œuvré à la réhabilitation de Kadhafi dans la communauté internationale, de laquelle il avait été exclu au motif d’actes terroristes. 

    L’ancien chef de l’Etat avait donc été mis en examen en janvier 2025 pour plusieurs chefs d’accusation : corruption passive, recel de détournement de fonds publics, financement illicite de campagne électorale et association de malfaiteurs ; et c’est pour ce dernier chef d’accusation qu’il a été condamné. Il a été jugé avec douze autres prévenus, dont trois anciens ministres : Brice Hortefeux, Claude Guéant et Eric Woerth. 

    Le 25 septembre 2025, Sarkozy est déclaré coupable d'association de malfaiteurs. L’objet de ce chef d’accusation est un pacte de corruption que Nicolas Sarkozy (alors ministre de l’Intérieur), Brice Hortefeux et Claude Guéant ont été reconnus coupables d’avoir négocié à l’automne 2005, en vue du financement illégal de la campagne présidentielle de 2007. Le jugement avait donné lieu à une condamnation à une peine de cinq ans de prison, 100 000 euros d'amende et à l'interdiction des droits civiques, civils et de famille pour cinq ans pour l’association de malfaiteurs, en le relaxant des autres accusations. En clair, l’intention d’organiser le financement illégal de la campagne a été considérée par les juges comme ne faisant aucun doute, mais iels ont manqué de preuves matérielles de ce que les flux financiers ont effectivement circulé (voir aussi l’article comprendre du n°7 sur l’association de malfaiteurs). C’est la première fois qu’un ancien président est allé en prison en Europe.

    L’ancien président de la République a fait appel, il est donc à nouveau présumé innocent et comparaît à nouveau devant la cour d’appel de Paris depuis le 16 mars, aux côtés de dix autres prévenus dans cette affaire. L’enjeu du procès en appel sera donc de convaincre la Cour qu’il n’a pas été coupable de cette association de malfaiteurs. Les avocats de Nicolas Sarkozy appellent à une immunité présidentielle, et Nicolas Sarkozy continue de se défendre d’avoir commis tout acte de corruption, tout comme les autres prévenus.

    Il est encore tôt, après une deuxième semaine, pour savoir si ce procès en appel aura une issue différente. Les narratifs des différents sujets engagés semblent coller aux versions des faits présentées en première instance. Ce qui change, c’est que Nicolas Sarkozy sait à quel point il risque gros, et qu’il sait aussi qu’il peut être condamné à nouveau. Le verdict de ce procès en appel serait attendu pour le 30 novembre 2026. 

  • Quels défis pour les nouveau‐lles maires ?

    Quels défis pour les nouveau‐lles maires ?

    À peine élu au premier tour, le nouveau maire de Saint‐Denis (93) Bally Bagayoko, a essuyé une avalanche d’attaques racistes, tant de l’extrême-droite que de la part des journalistes et éditorialistes sur les plateaux. S’il s’est défendu magistralement, cela a occupé l’essentiel du terrain médiatique autour de sa victoire, au point que nul n’a pu passer à côté. Une chose s’est presque trouvée occultée dans un premier temps : son programme, et la manière dont lui et ses conseillers municipaux veulent transformer la ville.

    Cela ne durera pas. Les nouvelles mairies écologistes, après leurs importantes victoires de 2020, avaient été particulièrement scrutées, avec leurs lots de polémiques déclenchées par la droite, à Bordeaux, Lyon, Strasbourg, et Poitiers. Avec leur percée de cette année, et notamment dans un certain nombre de villes de plus de 100 000 habitants, les insoumis‐es y passeront donc aussi. Cela a même déjà commencé : le désarmement de la police municipale était au programme de nombreux‐ses candidat‐es, et c’est donc encore sur Bally Bagayoko et la manière dont il appliquera cette mesure que les médias se sont penchés la semaine dernière. « D’abord les LBD » a‑t‐il indiqué.

    Les insoumis‐es peuvent en réalité profiter de cette attention médiatique pour réaliser quelques coups d’éclats : cantines gratuites, culture gratuite, transports en commun, services sociaux, accès aux droits… Sans avoir peur des attaques, il s’agit d’emporter la droite dans des polémiques où les nouveaux‐lles maires auraient le beau rôle.

    Mais au‐delà des premiers mois, pour les insoumis‐es comme pour les autres maires qui aspirent à transformer leur ville, il faudra aussi s’inscrire dans la durée. La plupart du pouvoir des mairies et des intercommunalités s’inscrit dans le temps long, que ce soit en termes de logements sociaux, d’investissement dans des infrastructures à destination des habitant‐es ou de transformation du paysage urbain et du tissu économique. Or, les mairies sont de plus en plus dépendantes des dotations de l’État, qui se réduisent d’année en année à chaque plan d’austérité. Elles ont peu de marge de manœuvre budgétaire, sauf lorsqu’elles constituent des bassins d’emploi importants et peuvent profiter de la fiscalité sur les entreprises. Les maires pourront alors faire le choix d’être clairs avec les habitant‐es, et utiliser le sentiment de proximité dont ils bénéficient, pour montrer que les changements les plus profonds du quotidien passeront nécessairement par des ruptures à l’échelle du pays.

    Enfin, si ça tourne mal en 2027, les maires auront un rôle clé, pour qu’une opposition politique au fascisme n’existe pas seulement au niveau national, mais aussi à l’échelle de territoire. Iels devront être en soutien aux populations, mener les batailles sur le terrain juridique, appuyer les résistances et les liens de solidarités existants. Iels devront constituer là où iels le peuvent, non pas des sanctuaires, mais bien des bases de résistance face au fascisme.

  • De Caracas à Téhéran, la stratégie pétrolière de Trump

    Le 3 janvier 2026, les forces armées américaines enlevaient Nicolás Maduro de Caracas pour le transférer à New York et le poursuivre pour des accusations farfelues de « narcoterrorisme ». Quelques semaines plus tard, Washington déclenchait, avec la complicité d’Israël, un conflit ouvert contre l’Iran qui a déjà causé des centaines de morts civils, des déplacements de populations, et a offert à Israël l’opportunité d’occuper de nouveau le sud du Liban. Ces épisodes ne sont pas indépendants.

    Le Venezuela dépendait du pétrole pour 95% de ses exportations en 2016, et souffrait donc d’une économie très peu diversifiée. Quand Washington a commencé à sanctionner les revenus pétroliers de l’État, c’est toute l’économie du pays qui s’est effondrée, dont les importations de nourriture et de médicaments. Après le premier décret exécutif d’août 2017, la production pétrolière a chuté trois fois plus vite qu’avant, avec 6 milliards de dollars de pertes en un an. En janvier 2019, Washington reconnaissait l’opposant Juan Guaidó comme « président par intérim » et imposait de nouvelles sanctions : la production s’est effondrée de 36% supplémentaires en deux mois.

    Mais l’arme centrale de cette guerre économique, c’est aussi la sanction secondaire, qui consiste à menacer tout pays commerçant avec le pays ciblé. Depuis 2017, plus personne ne veut donc toucher au pétrole vénézuélien sur les marchés officiels. Face à ça, le Venezuela et l’Iran avaient construit une résistance commune : en 2020, Téhéran expédiait plus de 1,5 million de barils d’essence vers Caracas, pendant que des flux financiers circulaient en sens inverse via des canaux informels. Une « flotte fantôme » assurait la logistique, en lien avec la Russie.

    En neutralisant le Venezuela, Washington a brisé cette infrastructure et a cherché à créer les conditions favorables pour frapper l’Iran sans conséquences sur les prix du pétrole : demande mondiale molle, offre abondante. Contrôler le pétrole vénézuélien sous un gouvernement fantoche à Caracas devait servir à absorber les chocs d’un conflit contre Téhéran. L’Iran a répondu en menaçant le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20% de la consommation mondiale de pétrole, soit 20 millions de barils par jour (d’où la hausse des prix à la pompe en France). 

    Le Venezuela possède les premières réserves pétrolières certifiées du monde et l’Iran les troisièmes, leur contrôle n’est donc pas un bénéfice secondaire de ces opérations. La stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump l’écrit explicitement : les États‐Unis entendent construire un monde dans lequel tous les pays auraient à choisir entre « vivre sous leadership américain » ou « subir l’influence de pays situés à l’autre bout du monde ». Les analystes qui prêtent une forme d’isolationnisme aux Etats‐Unis se trompent. Trump continue d’ensauvager l’impérialisme américain en lui retirant les masques du multilatéralisme. 

  • Premier tour : défaite médiatique

    « Je voudrais dire aux électeurs que la démocratie, ce n’est pas dans les sondages », a soufflé en tout début de soirée Edouard Philippe. Sur le papier, l’ancien premier ministre était en effet donné perdant à sa réélection au Havre face au PCF, risquant de couper court à ses ambitions présidentielles. Il sort finalement en tête du premier tour avec 43%, devant l’union de la gauche (33%) et le RN (15%). 

    Il n’y a pas qu’en Normandie que les urnes ont fait mentir les sondeurs. La France Insoumise, en effet, s’impose définitivement comme la nouvelle force de rupture. En dépit des polémiques autour de la mort du militant néo‐nazi Quentin Deranque et des accusations en antisémitisme de toutes parts de l’échéquier politique, la stratégie choisie par le mouvement de renouer avec le communalisme s’avère payante. Alors que Bally Bagayoko devient le premier maire insoumis dès le premier tour à Saint‐Denis dans le 93, David Guiraud, pour le plus grand malheur des plateaux des médias Bolloré, recueille 46% des voix à Roubaix, l’une des villes les plus pauvres de France. Lahouaria Addouche, à Lille, étonne en finissant au coude‐à‐coude avec le successeur désigné de Martine Aubry. A Toulouse et Limoges, ce sont les insoumis qui se placent en tête de la gauche, devant les candidats socialistes. 

    EELV, à l'inverse, ne confirme pas sa percée sans précédent des élections de 2020. A Strasbourg, Poitiers, Grenoble ou encore Bordeaux, les candidat‐es écologistes semblent loin de la notabilisation, et abordent le second tour dans des positions défavorables. Grégoire Doucet est le seul, à Lyon, à tirer son épingle du jeu en finissant devant son unique adversaire pour le second tour, Jean‐Michel Aulas. 

    Malgré les prédictions des commentateurs, la progression du RN lors des dernières échéances nationales ne s’est pas transformée en une imparable vague « bleue Marine ». A Lens, les espoirs de conquête du parti d’extrême droite sont mis en déroute par la réélection de sa maire socialiste. A Toulon, Laure Lavalette aborde le second tour avec une large avance (42%), mais pourrait être mise en difficulté par une potentielle alliance de ses adversaires républicains et macronistes. Le RN consolide cependant son ancrage dans ses bastions historiques en faisant réélire au premier tour leurs maires à Hénin Beaumont, Fréjus et Perpignan. 

    Dans de nombreuses communes, la tripartition de l’électorat observée lors des élections législatives se rejoue dans des triangulaires et quadrangulaires. Malgré la nationalisation du scrutin, c’est au local que la gauche réussira à gagner du terrain. Alors que LFI appelle ses anciens alliés du Nouveau Front Populaire à reconstruire un « front antifasciste », partout où la droite et l’extrême droite menacent d’être élus, Olivier Faure poursuit son rapprochement avec le bloc présidentiel, en refusant de des négociations nationales avec les insoumis‐es. Dans plusieurs grandes villes, en danger de basculer vers la droite, cette énième erreur stratégique du premier secrétaire du Parti Socialiste sème la confusion. Emmanuel Grégoire à Paris (36%) comme Benoît Payan à Marseille (36%), en rejetant dès l’annonce des premiers résultats la possibilité d’un accord avec les listes de Sophia Chikirou (11%) ou Sébastien Delogu (11%), laissent ainsi ouverte la possibilité d’offrir une victoire aux droites réunifiées.