Ce mardi 5 mai, la publication du rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » est une victoire pour son rapporteur, Charles Alloncle, député UDR ‒ le parti d’Éric Ciotti allié au Rassemblement national. Rien ne garantissait la publication des près de 400 pages dénonçant un coût jugé excessif et un supposé biais « gauchiste » des médias publics. Les six mois d’auditions ont été marqués par plusieurs polémiques, jusqu’à ce que les méthodes du rapporteur fassent l’objet d’un rappel à l'ordre de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun‐Pivet.
Pour justifier ses accusations, Charles Alloncle s’est notamment appuyé sur une étude réalisée à l’aide de ChatGPT par l’Institut Thomas More, financé par l’ultra-conservateur Pierre‐Édouard Stérin. L’IA a considéré comme « de gauche » la météo, ou un reportage sur les féminicides. De plus, selon des révélations du Monde début mai, une série de questions visant à orienter les auditions aurait été envoyée à des membres de la commission par la direction de Lagardère News, principalement détenue par Vincent Bolloré. Malgré ces controverses, le rapport a été adopté de justesse par des député‐es anticipant des accusations de censure de l’extrême droite.
Parmi les 70 recommandations, le rapporteur propose de supprimer plusieurs programmes jugés « militants » : la radio Mouv’ dédiée au hip‐hop, la chaîne France 4 pour la culture et la jeunesse, ou la plateforme France.tv Slash, notamment critiquée pour ses contenus sur le racisme ou « pédopornographiques transexuels » (selon ses termes). Le rapporteur préconise également des fusions (France 5 avec France 2, franceinfo TV avec France 24) et des réductions de dépenses sur les jeux et le sport, afin d’économiser jusqu’à un milliard d’euros sur un budget actuel de quatre milliards. Charles Alloncle souhaite allouer ces économies à la rénovation du patrimoine et « au désendettement de l’État ».
Le député ciottiste n’évoque pas explicitement une privatisation de l’audiovisuel public, comme en appelle de ses vœux le Rassemblement national, mais une baisse de financements et une mainmise directe de l'exécutif. Il plaide pour une nomination des dirigeant‐es de France TV, Radio France et France Média Monde par le président de la République, ainsi que « les principales fonctions de direction », par le ministère de tutelle. Comme l’ont fait Giorgia Meloni en Italie ou Viktor Orban en Hongrie, en somme : les médias publics n’ont pas été privatisés, mais repris en main par le gouvernement et mis à la botte du pouvoir.
De son côté, le président de la commission, Jérémie Patrier‐Leitus, a plaidé pour une fusion de l’audiovisuel public. Le député Horizon était en effet le rapporteur du projet de loi mis au placard en mars dernier et prévoyant de rassembler l’ensemble des médias publics au sein d’une même holding. L’idée avait provoqué des mouvements de grève au sein des rédactions de Radio France et France TV, en raison des craintes pesant sur l’indépendance et le pluralisme de l’information.
La « gauchisation » des médias publics reste à relativiser : après l’arrivée d’anciens chroniqueur‐ses de CNews sur Franceinfo, c’est au tour d’Eugénie Bastié d’être choisie par France 2 pour son émission présidentielle à partir de septembre. Journaliste au Figaro, chroniqueuse sur CNews et Europe 1, et cofondatrice de la catholique et conservatrice revue Limite, elle est souvent comparée à Eric Zemmour, notamment pour ses positions anti‐avortement.




