Le 28 mai, les député‐es ont voté la réduction de la durée d’indemnisation du chômage en cas de rupture conventionnelle. Chez les centristes et les élu‐es de droite, le texte a fait l'unanimité, tandis que le PS s’est abstenu. Le projet de loi était issu d’un accord signé en février entre le gouvernement et le patronat, avec la CFDT, Force ouvrière et la CFTC. La CGT et la CFE‐CGC l’ont refusé. Désormais, la durée maximale d’indemnisation après une rupture conventionnelle passe de 18 à 15 mois pour les chômeur‐ses de moins de 55 ans. Pour les plus de 55 ans, elle est fixée à 20,5 mois alors qu’elle pouvait atteindre 22,5 mois, et 27 mois pour les plus de 57 ans.
Selon le ministère du Travail, d’ici 2029, cette réforme devrait générer annuellement au moins 600 millions d’euros d’économies. Une approche en phase avec la politique macroniste du « plein emploi », dont l’objectif est de réduire à 5% le taux de chômage avant 2027. Ce dernier s'élevait à 8,1% au deuxième trimestre 2026 : une première depuis 2021, selon les derniers chiffres publiés par l’Insee à la mi‐mai. La hausse est en partie mécanique avec l’intégration des bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans en recherche d’emploi, automatiquement inscrit‐es à France Travail depuis janvier 2025 et l’entrée en vigueur de la loi « plein emploi ».
Cette dernière réforme est la cinquième sous la présidence d’Emmanuel Macron, chacune ayant successivement attaqué le montant, la durée, et les conditions d’accès à l’indemnisation, sous prétexte d’inciter au retour à l’emploi. C’est notamment le cas de la réforme de 2019 – 2021 qui a également modifié le calcul de l'allocation chômage, introduit la dégressivité des allocations les plus élevées et instauré un bonus‐malus pour inciter à la réduction du recours aux contrats courts par les employeurs. L’Unédic et la Dares – chargée de produire des statistiques publiques sur le monde du travail – ont toutes deux souligné que les personnes précaires, au parcours professionnel haché, étaient les plus impactées. Quant aux personnes exclues de l’assurance chômage, elles se sont portées sur le revenu de solidarité active (RSA). Enfin, s’agissant du retour à l’emploi, il s’est légèrement accéléré mais vers des contrats courts. En somme, il s’agit de pousser au travail quoi qu’il en coûte, sans en garantir la qualité. Depuis janvier 2024, si une personne refuse deux fois en douze mois une proposition de CDI jugée équivalente à son contrat, elle peut perdre son droit à l’allocation chômage. En avril de la même année, une autre réforme avait supprimé l'allocation chômage pour celleux qui feraient un abandon de poste. Pourtant, selon une enquête de l'Unédic menée en juin 2023, les personnes ayant abandonné un poste évoquent comme motivations de mauvaises conditions de travail ou la volonté de se reconvertir. La plupart du temps, l’abandon est précédé d’un refus de l’employeur de signer une rupture conventionnelle.
Ces réformes ont toutefois rempli leur objectif principal : faire des économies sur un système qui coûterait un « pognon de dingue ». Car s’agissant du chômage ou des minimas sociaux, ce sont les mêmes arguments qui continuent d’être brandis pour justifier leur détricotage : il y aurait trop d’assisté-es profitant d’un système permissif, financé par « la France qui travaille ». Il ne faudrait donc surtout pas que le chômage ne devienne trop confortable, au risque que les bénéficiaires ne s’y complaisent et succombent à la paresse. Cette rhétorique fallacieuse est presque aussi vieille que l’assurance chômage elle‐même. Née en 1958 pour garantir un filet de sécurité aux personnes exclues du marché du travail, elle est conditionnée à la recherche d’un emploi et à l’adhésion obligatoire des chômeur‐euses à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) dès 1973. C’est cette administration, chargée d'accompagner les chômeur‐ses dans leurs recherches, qui fusionne ensuite avec l’Assédic pour donner naissance à Pôle emploi en 2008. Depuis, l’assurance chômage est sans cesse attaquée : d’une part l’indemnisation est rendue plus difficile d’accès, et de l’autre le droit du travail est dérégulé pour inciter les patrons à embaucher, mais également décourager les travailleur‐ses de démissionner. Le résultat ? Une hausse du mal‐emploi : contrats courts, temps partiels subis, mauvaises conditions de travail, bas salaires, etc.
Car aujourd’hui avoir un travail ne protège pas de la pauvreté. Au 1er avril 2025, l’Observatoire des inégalités estimait « le nombre de personnes en situation de “mal‐emploi” à huit millions au total, soit 26 % des actifs et inactifs déclarant souhaiter travailler ». La donnée inclut les chômeur‐ses, les salarié‐es précaires (en CDD, en intérim et en apprentissage), mais aussi des personnes découragées par les mauvaises conditions d’emploi, qui ne recherchent plus activement un travail bien qu’elles souhaiteraient travailler. Cela concerne notamment des mères de familles monoparentales qui n’ont aucun mode de garde pour leurs enfants. Comme sur le marché locatif, ces dernières sont les plus désavantagées, et sont surreprésentées parmi les emplois à temps partiels et mal rémunérés.
La réduction des droits au chômage ne permet pas uniquement de faire des économies, mais assure la pérennité des emplois pénibles et mal payés, en créant une tension sur le marché du travail. Des sociologues du travail tel que Rémy Ponge n’ont cessé d’alerter sur la dégradation des conditions de travail depuis dix ans. Interrogé par Le Monde sur le sujet, il souligne qu’entre 2019 et 2024 le nombre de mort‐es au travail est passé de 780 à 820. Dans le même temps, la répression de l’action syndicale et des mouvements sociaux est en augmentation. Selon la Confédération syndicale internationale qui publie ce 1er juin son indice des droits des travailleur‐ses, la France connaît « son plus mauvais classement, signe d’un déclin prolongé des droits des travailleurs, notamment caractérisé par une répression des militants syndicaux et des restrictions imposées aux manifestations ».
C’est tout cela que sous‐tend la politique du « plein emploi ». Ainsi, quand dans une droite ligne néo‐libérale le droit au travail prime sur le droit du travail, c’est l’ensemble de la société qui est précarisée.
