Le 16 mars dernier, Faustine Bollaert recevait trois femmes concernées dans une émission intitulée « Excision : comment vivre après avoir été mutilées ? ». Les mutilations génitales féminines (MGF) sont définies par les agences onusiennes comme « l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins extérieurs ou toute autre lésion des organes génitaux féminins effectuée pour des raisons non médicales ». Les MGF sont considérées comme des violations des droits humains depuis 1993, et concerneraient 230 millions de femmes dans le monde dont 125 000 en France. Elles sont exercées dans toutes les régions du monde, principalement sur des enfants. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue quatre types de MGF : 1) ablation partielle ou totale du gland clitoridien et/ou du capuchon ; 2) ablation du gland clitoridien et des lèvres internes, avec ou sans excision des lèvres externes ; 3) l'« infibulation », rétrécissement de l'orifice vaginal par sectionnement et repositionnement des lèvres ; 4) toute autre intervention néfaste à des fins non médicales (piqûre, perforation, incision, cautérisation).
Le récit médiatiquement spectaculaire autour de l’excision cache néanmoins une absence de consensus sur les politiques publiques à mettre en œuvre et la prise en charge des personnes concernées. Un article publié dans le Journal of Medical Ethics en septembre 2025 a ainsi fait couler beaucoup d’encre. Sous le titre de « Les méfaits de la campagne mondiale actuelle contre les MGF », il rassemble les contributions de spécialistes du droit, de l’anthropologie, de la médecine, de la sociologie, de la criminologie, de la bioéthique et avance que les pratiques de modification génitale sont universelles. Des piercings aux chirurgies de « normalisation » pratiquées sur les enfants intersexes, en passant par les labiaplasties cosmétiques de plus en plus répandues en Occident, y compris sur des mineures, ces pratiques sont extrêmement hétérogènes en termes de nature, de risques et de significations. Le terme « mutilation » visant certaines de ces pratiques les amalgame pourtant toutes sous une étiquette uniformément condamnatoire, indépendamment du niveau de risque réel. Les politiques publiques ciblant les MGF s'appliquent pourtant exclusivement aux pratiques associées aux femmes du Sud global et aux communautés migrantes. Les dispositifs de surveillance qui en découlent, comme le signalement obligatoire ou les examens médicaux forcés, érodent la confiance envers les soignant‐es et l'État. En France, depuis 2015, les familles voulant protéger leurs filles d’une excision peuvent obtenir l’asile en France, mais elles doivent être examinées et fournir tous les cinq ans un certificat de non excision à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Les auteur‐rices soulignent aussi que les campagnes abolitionnistes, portées par un récit médiatique spectaculaire et racialisé, peuvent elles‐mêmes produire des effets traumatisants pour les personnes concernées. Enfin, les auteur‐rices rappellent que dans la quasi‐totalité des sociétés où existent des pratiques génitales féminines rituelles, des pratiques équivalentes existent aussi pour les garçons mais ne sont jamais discutées.
Cet article scientifique n’a pas manqué de faire réagir les franges « anti‐wokistes » du débat public français. « Relativisme culturel. L’excision libère du joug colonial » ironise Charlie Hebdo, « Sans surprise, les décoloniaux inclusifs et intersectionnels s'en prennent aux droits des femmes. Interdire les mutilations génitales, figurez‐vous, c'est raciste » ajoute Jean Quatremer… Une chose est sûre, avec des ami‐es pareils, les femmes n’ont pas besoin d’ennemi-es.