« Depuis sa création il y a 80 ans, la Sécurité sociale porte un projet émancipateur et solidaire » : ainsi débute le dossier de presse du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026. Mais le texte ne manque pas de rappeler rapidement la priorité du gouvernement : réduire les dépenses sociales.
Présenté le 14 octobre en Conseil des ministres, le PLFSS prévoit 7,1 milliards d’euros d’économies, davantage que les 5,5 milliards proposés par Bayrou cet été. Pour cela, des efforts sont demandés tant aux professionnel-les de santé qu’aux assuré-es, et les trois branches du système, maladie, famille, vieillesse, sont concernées. Les dépenses d’assurance maladie ne progresseraient que de 1,6%, un record de rigueur depuis 15 ans. La Fédération hospitalière de France dénonce un budget « qui met en danger l’accès aux soins ».
Le texte prévoit aussi le gel des retraites de base, des prestations sociales (RSA, AAH) et du salaire des fonctionnaires, réduisant mécaniquement leur pouvoir d’achat. Les affections longues durées (ALD) non exonérantes seront moins bien indemnisées. Les franchises médicales seront doublées de 50 à 100 euros par an, augmentant pour les assuré-es le reste des prestations médicales, des médicaments mais également des lunettes, des pansements ou des préservatifs. Le risque de renoncement aux soins s’accroît alors qu’une taxe d’un milliard sur les complémentaires santé pourrait également entraîner une hausse de leurs tarifs. Finalement, le texte prévoit de raboter le budget de la santé de 1,1 milliards d’euros.
Outre la suspension de la réforme des retraites, le texte devrait encore évoluer. Lecornu ayant assuré qu’il renonçait au 49.3. Mais comme chaque année au fil des débats parlementaires, on ne manquera pas de déplorer le coût supposément trop élevé. Car aussi vieille que la sécurité sociale elle-même, la ritournelle du « trou de la sécu » pour justifier l’austérité, demeure inchangée. À l’occasion de ses 80 ans, force est de constater que la sécurité sociale n’a plus grand chose à voir avec le système socialisé fondé en 1945 par le conseil national de la Résistance, qui devait préserver la gestion des caisses des logiques comptables. Majoritairement géré par les salarié-es elleux-mêmes et financé par les cotisations patronales et salariales, ce système a permis de développer de l’accès de soin en dehors des contraintes du capital et de l’État. Mais depuis 1967, elle a été progressivement vidée de sa substance faisant place à un système dans lequel chacun s’assure individuellement via les complémentaires santé, et où la place accordée aux organismes privés croît. Au nom de la baisse du « coût de travail », les ordonnances Juppé de 1995 ont raboté les cotisations des entreprises, privant la « sécu » d’une part significative de ses recettes. Ces exonérations offertes aux patrons n’ont pas bénéficié à l’emploi, mais bien aux profits des entreprises et in fine, à ses actionnaires. Ainsi, le budget Lecornu s’inscrit dans la continuité des politiques austéritaires successives, où les efforts constants demandés aux contribuables demeurent loin de l’idéal prôné par le CNR, de chacun selon ses moyens, à chacun ses besoins.



