Le macronisme se fracasse contre son propre bilan. Tout ce qu’il a sciemment ignoré pendant 10 ans s’est donné rendez‐vous dans la rue le 17 octobre. Résultat : 800 000 manifestant‐es, un nombre inédit depuis 3 ans. Cette mobilisation massive, née dans les lycées, agrège désormais des franges larges de la société. Initialement appelée contre la vie chère, elle a fait émerger, au fil des pancartes, la diversité des colères : présidence des ultrariches, inaction climatique, impunité des violences sexuelles, racisme structurel, mémoire coloniale en écho au 17 octobre 1961… La fin de règne prend la forme d’un retour du refoulé. Cette journée marque un tournant dans la contestation d’un pouvoir illégitime, qui ne tient plus que par la répression.
On retiendra de cette date l’ampleur inattendue d’une mobilisation joyeuse, où beaucoup de jeunes ont probablement fait leurs premiers pas en politique. Comme pour chaque mouvement social, son succès populaire est proportionnel à sa déformation médiatique : incendies urbains filmés en continu, caméras plongées dans les gaz lacrymogènes, couverture exclusivement policière… Le spectacle des violences, mis en scène par les médias en continu, dissimule mal l’amateurisme d’un gouvernement débordé et la brutalité d’un dispositif policier engagé avant même le départ des manifestations.
Le pouvoir et ses supplétifs, incapables de répondre sur le fond, espèrent faire diversion en désignant LFI comme responsable. À présent, la mobilisation devient le prétexte à une fuite en avant sécuritaire : couvre‐feux dans les grandes villes, déploiement de l’armée pour encadrer les manifestations, comparutions immédiates expéditives, instrumentalisation des services de renseignement pour incriminer LFI… Le concours Lépine des apprentis fascistes est lancé, entre appels à dissoudre cette force politique, proposition d’interdire les réseaux sociaux et autres surenchères.
De Le Pen à Glucksmann, un consensus autoritaire se dessine, chacun‑e cherchant à convaincre les franges les plus réactionnaires qu’iel incarne « l’ordre ». L’occasion est trop belle pour celles et ceux qui n’ont aucune réponse à apporter sur l’école ou la vie chère, mais rivalisent de propositions pour faire basculer le pays vers le pire des régimes. Face à cette offensive, LFI apparaît comme la seule force politique en phase avec le mouvement social, portée par un programme de rupture qui fait écho aux mots d’ordre exprimés dans la rue.
La bataille ne fait que commencer. Le 17 et puis le 24 octobre ont ouvert une brèche que la répression et les diversions politiciennes ne suffiront pas à refermer. Le pouvoir est au pied du mur : la seule manière de mettre fin à la colère sociale, c’est de répondre aux revendications politiques. Le macronisme n’a pas fini de mourir.
