Dans la course à l’élection présidentielle de 2027, chaque parti y va de ses meilleures stratégies électorales et le Rassemblement national n’y fait pas exception. Marine Le Pen lance sa campagne, contre toute attente, sur une thématique sociale : la protection de l’enfance et la lutte contre la pédocriminalité qu’elle promet de faire « grande cause » de son mandat, si elle est élue présidente. Ce choix tend à adoucir son image et sert largement une posture de crédibilisation du programme du RN. Mais quelles sont précisément les mesures prévues et annoncées ? Sont‐elles en rupture avec la posture habituelle du parti ?
Considérons, d’abord, ce dont il est question : protection de l’enfance et lutte contre la pédocriminalité relèvent de deux prises en charge différentes. La première, sociale et médico‐éducative, est gérée essentiellement par des organismes départementaux comme l’aide sociale à l’enfance (ASE) ou la protection maternelle et infantile (PMI) ; la seconde, pénale, policière et judiciaire, dépend de l’État, via des organismes tels que l’OFMIN – le service d’enquête consacré aux victimes mineures –, et le parquet.
Marine Le Pen propose de centraliser l’ASE afin de mettre fin aux disparités territoriales. Le budget d’environ 11 milliards d’euros serait inchangé et transféré des Départements vers l’État. Cette proposition est critiquée par les travailleur‐euses sociaux et les associations spécialisées. Tou‐tes craignent une perte de proximité et une lourdeur administrative, soulignant que ce transfert ne résout rien au problème majeur de l’ASE : le manque de places et de personnels qualifiés.
Du côté judiciaire, le programme du RN prévoit des « moyens humains renforcés » et une cellule cyber pour l’OFMIN, sans préciser le nombre d’agents ajoutés aux quelques dizaines actuelles, très insuffisantes.
Mais c’est surtout sur la sévérité des peines que Marine Le Pen communique largement dans les médias, avec des formules telles que : « Tolérance zéro pour les bourreaux, protection absolue pour nos enfants. » Le problème est pourtant bien moins du côté de la sévérité des peines prononcées que de leur nombre. Le taux de punition réelle des viols sur mineurs se situerait entre 2% et 5%. Les associations soulignent qu’un durcissement des peines deviendrait un moyen supplémentaire de pression et de silenciation des victimes. Enfin, la sévérité d’une peine n’a jamais été dissuasive ; seule la certitude d’être condamné‑e l’est.
Pour cela, il faut des actions préventives d’ampleur et la formation massive des personnes travaillant au contact des enfants, afin d’offrir aux victimes des espaces d’expression. Pourtant, le RN ne propose pas vraiment de prévention et s’est historiquement opposé à sa mise en œuvre.
Enfin, fidèle à son orientation, Marine Le Pen exclut totalement la gestion des mineurs non accompagnés de l’ASE, les faisant passer du statut de « mineurs à protéger » à celui « d’étrangers en situation irrégulière à reconduire ». Lorsqu’elle annonce : « Avec moi, aucun enfant ne sera invisible aux yeux de la République », c’est au nom d’une République qui ne respecterait plus la Convention internationale des droits de l’enfant, ni l’UNICEF, au nom d’une République qui serait contraire à sa propre Constitution et aux droits de l’homme qui en représentent le préambule.
En définitive, sous l’apprêt d’une campagne sociale soigneusement policée, le vernis craquelle vite : derrière les mots d’affichage ressurgit le mépris des revendications de terrain et le fond antirépublicain du RN.