Les pages de l’histoire des mouvements sociaux en France continuent à s’écrire sous nos yeux. Pour les comprendre, il faut se plonger dans les expériences qui nous ont précédé‐es, et trouver la nécessaire innovation sans laquelle nous aurions déjà été victorieux‐ses.
La bascule autoritaire du gouvernement s’accélère à quelques mois de la présidentielle. Elle normalise dans le paysage politique des mesures exceptionnelles pour mater le mouvement social. Le 19 octobre, Gérald Darmanin a envoyé aux parquets une instruction leur demandant de retenir la qualification de criminalité organisée aux violences commises en marge des manifestations du 17 octobre, permettant notamment de retenir des personnes en garde‐à‐vue pendant plus de 48 heures. À Paris, Lyon, Bordeaux, Lille et Nice, des couvre‐feux ont été instaurés. Des interdictions de manifester ont été décrétées, et parfois suspendues par décision du tribunal administratif. Nous aurions tort de penser que la répression attise la révolte. A fortiori dans une population déjà frappée par le chômage, la misère et des années de renforcement de la doctrine de confrontation des forces de l’ordre ; la répression use, isole, blesse et tue.
C’est bien sur cela que compte le gouvernement. Pour un camp politique qui ne revient pas en arrière face au nombre, qui ne négocie jamais avec la base sociale des mouvements, qui refuse même de faire sauter un fusible en acceptant par exemple la démission de Laurent Nuñez après le 17 octobre, il ne reste que peu d’options. En cela, les macronistes ont déjà fait advenir la convergence entre leur prétendu centre et l’extrême droite en comptant sur le renforcement perpétuel de cette dernière pour accéder au pouvoir. Mais la stratégie de l’arc républicain et le renvoi dos à dos de La France insoumise et de l’extrême droite s’affaiblit à mesure qu’approche l’échéance de la présidentielle. Le RN, réuni en congrès ce week‐end pour réélire Jordan Bardella à sa tête, a repris les éléments de langage macronistes pour attribuer aux insoumis la responsabilité des violences. Ce faisant, le parti se désolidarise du mouvement social et prête à ses opposants politiques une force de frappe sans doute exagérée.
Il y a 20 ans, le mouvement contre le contrat première embauche emportait la dernière franche victoire de la mobilisation de rue en France. Dans la Gen Z, certain‐es sont les enfants de ces militant‐es. Du reste, si la lunette médiatique se porte sur les violences et les commerces détruits, la réalité est aussi accessible aux parents quand les enfants la racontent. Elle montre une société qui fait corps dans la lutte et à qui toutes les rues appartiennent. À l’heure des assassinats racistes de Trappes, revendiqués pour venger les commerces pillés le 17 octobre, la menace est claire mais la riposte aussi. Comme d’autres fois, il faudra du nombre et de l’endurance pour faire face.