Dans le débat de la campagne présidentielle, la classe politico‐médiatique impose à chacun‑e un rite d’admission : il faut promettre de rembourser la dette, de préférence en « baissant les dépenses ». Quiconque s’écarte de ce dogme déclenche aussitôt un claquage cérébral des commentateur‐ices. C’est à peu près à cela que s’est heurté Jean‐Luc Mélenchon, en osant proposer de « mettre au frigo » la part de la dette française détenue par la Banque Centrale Européenne (BCE), relançant le débat sur la nature politique de la dette.
La dette désigne la somme des emprunts non remboursés par l'État : chaque année, le Parlement définit des dépenses et des recettes budgétaires, et l'État emprunte la différence sur les marchés financiers pour combler le déficit. Au premier trimestre 2026, la dette s’élève à 3 536 milliards d’euros. Environ 20% de ces titres sont détenus par la BCE. La proposition de LFI vise à convertir ces titres en dette perpétuelle, pour les soustraire aux marchés financiers et se dégager des marges d’investissement, alors que les taux d’intérêt d’emprunt ont atteint 4,27% ce mois‐ci.
À l’inverse, l’augmentation de la dette et de sa charge est une aubaine pour les libéraux, en servant de prétexte commode à une cure d’austérité. S’ensuivent les mêmes poncifs : la France « dépense trop », l'État vit « au‐dessus de ses moyens » et « on ne travaille pas assez ». Pourtant, les mêmes qui se targuent du « sérieux budgétaire » ont aggravé la dette de 1 300 milliards d’euros depuis 2017. Pour quoi faire ? D’après une note récente de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), les déficits observés depuis 2017 s’expliquent « essentiellement par la baisse non financée des prélèvements obligatoires, et non par une dérive des dépenses publiques primaires ».
Preuve que la dette est d’abord le résultat de choix politiques. Présentée à tort comme le coût de notre modèle social, elle n’a en réalité profité qu’à une minorité. La politique de l’offre menée depuis des décennies a consisté à se priver massivement de recettes, au profit des entreprises et des plus riches. D’après l’Institut des politiques publiques, la politique fiscale menée depuis 2017 a ainsi bénéficié 80 fois plus aux 5% les plus riches qu’aux 5% les plus pauvres. Résultat de la magie du ruissellement : la croissance est nulle, le taux d’emploi et la consommation baissent. En 2026, la France est au bord de la récession.
Peu importe si les recettes appliquées depuis des années ne fonctionnent pas, et s’il faut absolument investir dans l’adaptation au dérèglement climatique. La plupart des candidats proposent de les reconduire à l’identique, en invoquant la dette pour faire payer à tous‐tes les cadeaux consentis à quelques‐un‐es.
Face à ce chantage, le débat lancé par LFI a un mérite : s’attaquer à la fable de celles et ceux qui, une fois encore, projettent de nous faire cracher du sang.
