Depuis le début de l’année, Emmanuel Macron multiplie les déclarations pour interdire les réseaux sociaux aux adolescent‐es ; à l’image de son passage sur BFM TV le 16 avril, dans lequel il propose une « journée sans connexion » mensuelle pour les moins de 15 ans.
Le président semble faire une de ses priorités pour la jeunesse que de limiter au plus les usages du numérique. Ainsi, Macron avait demandé que la proposition de loi soumise en janvier à l’Assemblée Nationale, voulant interdire le portable au lycée et les réseaux sociaux aux moins de 15 ans fasse l’objet d’une procédure accélérée, afin qu’elle puisse entrer en vigueur dès la rentrée prochaine. Cette proposition a par ailleurs reçu un accueil favorable quasi‐unanime de la part de l'hémicycle, à l’exception des député‐es insoumis‐es.
Ces propositions font suite à un rapport de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) sur l’usage des réseaux sociaux et la santé des adolescent‐es sorti fin 2025. Le rapport pointe notamment des risques en matière de santé mentale sur l’altération du sommeil, de l’attention, les risques d’auto-dévalorisation, d’exposition à des contenus violents ou incitant au risque. Il souligne aussi que les filles sont plus exposées que les garçons à ces risques, notamment car elles utilisent plus les réseaux et plus de réseaux d’images qui incitent aux phénomènes de comparaison ; elles sont plus souvent cyberharcelées, et aussi plus vulnérables aux violences sexuelles en ligne.
Si l’utilisation intensive des réseaux sociaux par les jeunes présente des risques qu’il est nécessaire d’évaluer et de prendre en charge, les éléments pointés par l’ANSES viennent en premier lieu du modèle économique des réseaux sociaux, celui d’une économie de l’attention et d’une monétisation des données personnelles. Mais la proposition de loi préfère placer la responsabilité sur les mineur‐es, et refuse en creux d’agir directement du côté des plateformes.
Si Emmanuel Macron dit que les écrans et les réseaux sociaux sont « du temps volé au développement personnel, du temps où on ne fait pas de sport et où on ne lit pas », encore faudrait‐il mettre les moyens pour rendre accessibles ces activités au plus grand nombre. Réduire les libertés des mineurs ne permet pas de les protéger, encore moins dans la mesure où ces projets d’interdiction ne s’accompagnent pas de plus de moyens dans la jeunesse, ou dans des programmes adaptés d’éducation aux médias et aux réseaux sociaux. Par ailleurs, les réseaux sociaux peuvent aussi être un espace dans lequel il est possible de se s’informer, nouer des liens, se construire en dehors des espaces familiaux dans une période de la vie où les espaces de libertés sont rares.
En proposant des mesures restrictives, l’exécutif ne fait que très légèrement déplacer le problème, sans proposer de réponses sur le fond, et refuse d’y allouer pleinement les moyens.
