Dimanche 19 avril dernier, les adhérent‐es des Républicains ont validé au cours d’un vote interne la candidature de Bruno Retailleau à l’élection présidentielle. Malgré les désaccords dans les rangs du parti, notamment de Laurent Wauquiez qui souhaitait construire une union plus large de la droite (sans le RN mais avec Reconquête), l’ancien ministre de l’Intérieur semble donc vouloir suivre la voie ouverte il y a 20 ans par Nicolas Sarkozy, à qui ce poste avait servi de tremplin. Il semble oublier une chose : Jacques Chirac avait alors une côte de popularité supérieure à 50%, là où Emmanuel Macron frôle au contraire les records d’impopularité de la Vème République.
Mais la victoire de Macron en 2017 a aussi changé la perception de l’élection présidentielle, la rendant en apparence beaucoup plus accessible. Alors comme tant d'autres, de tous bords politiques, pourtant à la tête de formations isolées et moribondes, Retailleau se rêve président. Un rêve ancien : en 2021 déjà, il lançait son application mobile « 2022 », coquille vide construite un peu trop tôt pour quelques dizaines de militant‐es et une non‐campagne ridicule.
Le moment Retailleau pour 2027 est peut‐être déjà passé : d’étoile montante promise à un grand destin, il est devenu un ancien ministre de Macron parmi d’autres. À ce poste, il multipliait déjà les sorties médiatiques, proclamant que l’État de droit n’était « ni intangible ni sacré », lançant « à bas le voile ! » en meeting, ou déclarant soutenir le collectif Némésis. Mais il n’a cessé de poursuivre cette stratégie depuis, comme pour tenter de compenser son absence de dynamique. Ses déclarations récentes, appelant à mettre l’Espagne « au ban des nations européennes » parce que son gouvernement socialiste a mené une politique de régularisation des étranger‐ères, nous rappelle qu’il est en réalité l’un des nombreux nouveaux visages de l’extrême-droite.
La campagne ne sera‐t‐elle qu’une surenchère de propositions de ce type ? Le risque c’est que pour tous ces candidats de droite, la vague n’arrivant pas, il faille tout faire pour tenter de se maintenir au‐dessus de la mêlée médiatique. C’est exactement ce que fait déjà Gabriel Attal. Et avec lui, la macronie au Parlement n’est aujourd’hui que suite de projets de lois sécuritaires, antiterroristes, anti‐immigré‐es ou de répression politique. La loi Yadan n’était que la pointe émergée de l’iceberg. Mise au vote mardi, la proposition de loi Rodwell, du nom d’un autre député Ensemble pour la République, doit permettre d’appliquer les mesures de rétention administrative anti‐terroriste aux prisonniers de droit commun, d’allonger la durée de rétention des personnes étrangères condamnées à des peines de prison, ou encore de faciliter l’hospitalisation sous contrainte en imposant administrativement des consultations psychiatriques. Elle impacte notamment les personnes trans en imposant des restrictions sur les changements de prénom. Ensuite viendra le projet de loi RIPOST, de Laurent Nuñez, là aussi tout entier axé sur la création d’outils répressifs.
Si la désorganisation de la droite peut sembler à court terme favorable à sa défaite, elle précipite aussi sa fuite en avant vers l’extrême-droite. Mais cette conversion du libéralisme autoritaire en fascisme ne dit rien des rapports de force réels qui traversent la société. Tant qu’il atteignait les uns après les autres les objectifs qui lui étaient promis par le récit médiatique, le RN pouvait prétendre être la force qui allait renverser la table. Les législatives de 2024 marquent de ce point de vue une de ses premières défaites. Et paradoxalement, alors que tout le monde se rassemble autour de lui, l’année qui vient pourrait bien être celle de sa débâcle.