Vous n’y avez sans doute pas échappé : la vague promotionnelle pour Wicked : for good, deuxième et dernier volet des aventures de Glinda et Elphaba, a inondé les médias ces dernières semaines. Largement diffusés sur les réseaux sociaux, les extraits des interviews des actrices et chanteuses Cynthia Erivo et Ariana Grande ont été fortement commentés. Le duo se noie dans les émotions à chaque interview, apparaît extrêmement proche, et on ne compte plus les clips les montrant émues aux larmes. Mais ce qui est aussi largement commenté, c’est leur apparence physique. Car depuis le début de la promo du premier Wicked, Ariana Grande et Cynthia Erivo apparaissent très amaigries.
En réponse à ces commentaires, Ariana Grande a déclaré n’avoir jamais été aussi en forme physiquement et mentalement. Une partie des commentateur-rices invitent de même à arrêter les commentaires sur son corps, qui s’inscriraient dans des pratiques de bodyshaming. Mais ce faisant, Ariana Grande évacue le fait que le corps qu’elle présente puisse être lu comme anormal. Et, de par son statut de star, elle contribue à déplacer le curseur du « normal » de plus en plus vers la maigreur.
Or la préférence pour la maigreur et la crainte de la grosseur ne sont ni neutres, ni anodines (voir actu page 2). La valorisation de la maigreur est une des façons dont le corps est utilisé pour fabriquer et légitimer les hiérarchies de race, de sexe et de classe. La préférence pour la maigreur est donc un outil des élites pour se distinguer des classes populaires, mais va aussi dans le sens de renforcer la blanchité comme classe dominante. D’ailleurs, cela s’observe dans la réception de la promo de Wicked : si les apparitions d’Ariana Grande sont moquées pour ses émotions débordantes, celles de Cynthia Erivo font l’objet de commentaires racistes d’une très grande violence.

