Catégorie : pop !

  • Du témoignage au bien culturel : qui y perd, qui y gagne ?

    Du témoignage au bien culturel : qui y perd, qui y gagne ?

    Le 17 février est sorti Et la joie de vivre, le livre-témoignage de Gisèle Pélicot. Un récit dans lequel elle raconte son histoire et son vécu du procès des viols de Mazan. Porté par une très importante promotion médiatique, le livre s’est immédiatement hissé en tête des ventes. Si cette publication répond à un mot d’ordre de libération de la parole des victimes, comment expliquer que si les récits de violences prospèrent, les violences, elles, ne décroissent pas ? 

    Publiciser les violences sexistes et sexuelles, les faire sortir de la sphère privée pour montrer qu’elles sont politiques, est essentiel. Gisèle Pélicot a déclaré vouloir que son histoire serve aux autres, et c’est bien le travail des médias de masse que de marquer la conscience collective. Mais en devenant un objet culturel de masse, le témoignage devient aussi un bien de consommation. La publication commerciale, en choisissant les paroles rendues publiques, produit une hiérarchie où les récits les plus audibles sont les plus susceptibles de rencontrer un succès. 

    En l’occurence, Gisèle Pélicot incarne selon ses termes, une femme « simple et discrète », qui « n’est pas en colère ». Elle insiste sur le fait qu’elle n’est pas « la bonne victime » qui serait « dépressive, suicidaire » en mettant en avant « la joie de vivre [qui] a toujours été en [elle] ». Cette figure est donc idéale car elle comporte ce qu’il faut d’ordinaire pour que tout le monde puisse s’y identifier, et ce qu’il faut d’extraordinaire situé du côté de la respectabilité pour que son récit soit prisé par l’industrie culturelle et médiatique. 

    A l’inverse, les récits de Caroline Darian accusant elle aussi son père de l’avoir violée, rencontrent un moindre écho médiatique. Sa colère est présentée par les médias comme un contrepoint à l’attitude de Gisèle Pélicot, voire par Gisèle Pélicot elle-même. Elle ne possède pas de preuve des abus physiques de son père sur sa personne et n’obtiendra donc probablement jamais justice. Elle incarne la question de l’inceste, centrale, et angle mort d’une affaire qui semble mettre tout le monde d’accord.

  • ICE OUT : le militantisme des célébrités

    ICE OUT : le militantisme des célébrités

    Lors des Grammys, le slogan « ICE OUT » s’est affiché sur les tenues de célébrités, pour dénoncer la violence de la police d’immigration états-unienne. Mais derrière cette prise de position visible se cache une réalité plus inconfortable : le pin’s permet de se positionner sans jamais se mouiller. Le geste transforme la colère politique en symbole consommable. Un militantisme partageable comme un meme, qui nourrit l’engagement de celles et ceux qui luttent, sans jamais y prendre part. Le malaise s’accentue lorsque certaines célébrités portent ce pin’s alors qu’elles sont restées silencieuses face au génocide à Gaza, comme si la violence raciste des Etats-Unis n’était pas le revers de leur politique impérialiste.

    On sent pourtant l’urgence de parler de ces sujets, certaines célébrités se « politisent », mais dans un cadre sûr, où l’action réelle reste limitée à l’affichage. A l’inverse, certaines figures publiques, que le facisme n’épargne pas, ne portent pas un symbole mais une histoire. Olivia Dean, alors qu’elle accepte son premier Grammy Award, rappelle ses origines liées à l’immigration. Il en est de même pour Shaboozey, qui dédie son prix à tous les enfants d’immigrés. Bad Bunny, lui, triplement récompensé, a toujours utilisé son succès comme un espace de résistance. Sa communauté étant la cible principale de l’ICE, il a fait le choix de ne pas faire passer sa tournée par les Etats-Unis, par crainte de descentes lors de ses concerts.Sa performance au Super Bowl, unique date américaine, en est la preuve. Qualifiée d’« affront à la culture américaine » par Trump, elle ne contenait pourtant aucun message explicite concernant les politiques récentes menées par les Etats-Unis. En treize minutes, Bad Bunny célébrait Puerto Rico et l’ensemble des cultures latino-américaines, rappelant que l’Amérique ne se limite pas à un seul drapeau.

  • Bad Bunny, tête d’affiche du Superbowl

    Bad Bunny, tête d’affiche du Superbowl

    C’est le chanteur Bad Bunny qui sera en tête d’affiche de la mi-temps du Superbowl états-unien, la finale du championnat de la ligue de football américain, le soir du 8 février prochain. Initialement, c’est un événement purement sportif qui se met en place au début du XXème siècle. Ce n’est que dans les années 90 que la mi-temps prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui : chaque année, un concert d’un-e artiste majeur-e de la pop mondiale. C’est d’abord des impératifs publicitaires qui ont conduit à cela. Alors que la finale battait déjà des records d’audiences télévisuelles, la mi-temps était chaque fois un moment de perte de téléspectateur-rices, ce qui n’était pas pour plaire aux annonceurs.

    C’est Michael Jackson qui inaugure ainsi le nouveau format en 1993, avec un concert qui fait pour la première fois grimper les audiences à la seconde mi-temps. Suivent d’autres stars mondiales comme Diana Ross, U2, les Rolling Stones, et des concerts faisant se croiser souvent plusieurs genres et artistes. Depuis 2010, on a vu se produire Madonna, Beyoncé, Lady Gaga ou encore Rihanna pour des concerts qui ont marqué la carrière de chacune de ces artistes.

    Que va faire Bad Bunny de sa finale du Superbowl ? L’artiste avait annoncé en septembre dernier renoncer à se produire sur le territoire états-unien pour la tournée mondiale de son album DeBÍ TiRAR MáS FOToS. La raison : la crainte de voir la police de l’immigration de Trump attendre les spectateurs devant les salles, alors qu’il est très écouté par les communautés latinas. Sous une administration raciste et fasciste, Bad Bunny devrait être ainsi le premier artiste à proposer un concert de finale de Superbowl entièrement en langue espagnole. Peu friande de polémiques, quelles contraintes la National Football League a-t-elle imposées au chanteur ?

  • « Heated Rivalry » : Passion sur glace

    « Heated Rivalry » : Passion sur glace

    C’est le phénomène télé du moment. Depuis sa sortie en novembre dernier, la série Heated Rivalry, adaptation des très populaires romans de l’autrice canadienne Rachel Reid dépasse toutes les attentes. On y suit l’ascension de Shane Hollander et Ilya Rozanov, deux joueurs professionnels de hockey sur glace qui, malgré leur rivalité médiatisée, entretiennent dix ans durant une romance tumultueuse. Malgré le faible budget accordé à sa production, les six épisodes n’ont pas mis longtemps à trouver le succès. Plébiscitée par le public bien au-delà du Canada où elle a d’abord été diffusée, la série a déjà été renouvelée pour une deuxième saison, et ses deux têtes d’affiche font la tournée des talk shows et des cérémonies de prix américaines. 

    Si la série a d’abord bénéficié de l’engouement récent autour des romances littéraires et d’une popularisation en ligne par les influenceuses du #BookTok, elle a aussi attiré l’attention de la critique, qui voit dans l’immense succès de Heated Rivalry le signe d’un nouveau tournant de la production culturelle LGBT+. Après le cinéma indépendant des années 90, porté par des réalisateurs comme Todd Haynes ou Gregg Araki, puis la mainstreamisation des années 2000 inauguré par le Secret de Brokeback Mountain d’Ang Lee, l’ère de la normalisation, à l’écran, d’une intimité queer sentimentale et sexuelle est-elle finalement arrivée ? 

    Mais cette success story met aussi en lumière l’oppressante culture du silence de la vraie NHL, la ligue de hockey nord-américaine. Alors que la fédération a développé des initiatives pour attirer un public plus diversifié à partir de 2017, elle a aussi provoqué la polémique en 2024 en interdisant à ses joueurs d’arborer des signes de soutien à la communauté LGBT lors des matchs. 

  • Le retour de l’extrême maigreur à Hollywood

    Vous n’y avez sans doute pas échappé : la vague promotionnelle pour Wicked : for good, deuxième et dernier volet des aventures de Glinda et Elphaba, a inondé les médias ces dernières semaines. Largement diffusés sur les réseaux sociaux, les extraits des interviews des actrices et chanteuses Cynthia Erivo et Ariana Grande ont été fortement commentés. Le duo se noie dans les émotions à chaque interview, apparaît extrêmement proche, et on ne compte plus les clips les montrant émues aux larmes. Mais ce qui est aussi largement commenté, c’est leur apparence physique. Car depuis le début de la promo du premier Wicked, Ariana Grande et Cynthia Erivo apparaissent très amaigries.

    En réponse à ces commentaires, Ariana Grande a déclaré n’avoir jamais été aussi en forme physiquement et mentalement. Une partie des commentateur-rices invitent de même à arrêter les commentaires sur son corps, qui s’inscriraient dans des pratiques de bodyshaming. Mais ce faisant, Ariana Grande évacue le fait que le corps qu’elle présente puisse être lu comme anormal.  Et, de par son statut de star, elle contribue à déplacer le curseur du « normal » de plus en plus vers la maigreur. 

    Or la préférence pour la maigreur et la crainte de la grosseur ne sont ni neutres, ni anodines (voir actu page 2). La valorisation de la maigreur est une des façons dont le corps est utilisé pour fabriquer et légitimer les hiérarchies de race, de sexe et de classe. La préférence pour la maigreur est donc un outil des élites pour se distinguer des classes populaires, mais va aussi dans le sens de renforcer la blanchité comme classe dominante. D’ailleurs, cela s’observe dans la réception de la promo de Wicked  : si les apparitions d’Ariana Grande sont moquées pour ses émotions débordantes, celles de Cynthia Erivo font l’objet de commentaires racistes d’une très grande violence.

  • Le Spotify Wrapped, marqueur culturel et politique

    Le Spotify Wrapped, marqueur culturel et politique

    Les fêtes de fin d’années approchent, et avec elles, une nouvelle tradition s’est installée dans le paysage culturel mondial : le Spotify Wrapped. Si depuis quelques années Spotify s’est imposée comme la première plateforme de musique en streaming, c’est avec sa rétrospective annuelle, devenue sa marque de fabrique, qu’elle a figé son monopole. Une manière pour Spotify de consolider la fidélité de ses abonné-es, mais aussi d’exposer publiquement son omniprésence. 

    En effet, la force de cette rétrospective réside à la fois dans sa capacité à répondre au besoin d’individualité des consommateur-ices, à qui on attribue des étiquettes et appartenances, et dans son format pensé pour être facilement diffusé sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram. Les utilisateur-ices y affichent fièrement leur goûts musicaux, mais aussi indirectement, leur soutien envers Spotify, tant personnel que financier.

    Un soutien qui peut entrer en tension avec les valeurs de chacun-es, puisque le PDG de Spotify, Daniel Ek, finance publiquement l’extrême droite. Il a, par ailleurs, récemment investi 600 millions d’euros dans la startup allemande Helsing, spécialisée dans le matériel militaire, notamment utilisé en Ukraine. De plus, le département américain de la Sécurité intérieure diffuse sur la plateforme des publicités de recrutement pour 10 000 nouveaux-elles « agent-es de déportation » dans le cadre du programme ICE, l’agence chargée de l’arrestation et de l’expulsion des personnes sans papiers aux États-Unis.

    Le boycott semble difficile tant le phénomène culturel de Spotify est grand. Mais à l’ère d’un militantisme omniprésent sur les réseaux sociaux, le Spotify Wrapped pourrait-il devenir l’occasion d’un mouvement de contestation ?

  • GTA 6 : les voyous sont les patrons !

    Le studio Rockstar Games a annoncé le deuxième report de la sortie de son jeu Grand Theft Auto VI, à novembre 2026, alors qu’il avait déjà été repoussé une première fois à mai 2026.

    L’industrie du jeu vidéo a évolué ces dernières années vers des superproductions aux budgets de plus en plus importants, pour des jeux aux graphismes de plus en plus photoréalistes, aux mondes à explorer de plus en plus vastes, et qui tournent sur des consoles et des ordinateurs toujours plus puissants. Selon la presse spécialisée, le budget de GTA VI pourrait atteindre le milliard de dollars, ce qui en ferait le jeu le plus cher de l’histoire. À ce prix là, mieux vaut ne pas rater son lancement. Or ces dernières années, plusieurs studios ont fait scandale en sortant des jeux, qui selon les joueur-ses, étaient inachevés : bugs récurrents, parties bâclées, or quand on paie 70€ voire 80€, on s’attend à de la qualité.

    Sauf que les déconvenues des consommateur-ices cachent une réalité plus sombre : la pression mise sur les travailleur-ses pour finir le travail, tenir les deadlines, dans bien des studios au mépris complet du droit du travail. Un mois avant l’annonce du report de GTA VI, Rockstar Games licenciait d’ailleurs une trentaine de salariés pour faute grave. L’Independent Workers’ Union of Great Britain (syndicat indépendant des travailleurs de Grande-Bretagne) dénonce lui une répression syndicale : dans un contexte de fin imposée du télétravail, le studio a voulu freiner une mobilisation naissante en ciblant ses organisateur-ices.

    Les conditions de travail imposées dans les grands studios reposent sur une situation qu’on retrouve dans beaucoup d’industries culturelles, comme aussi le cinéma : d’un côté, des métiers qui font rêver, mais où quelques acteurs concentrent les budgets, dans un monde très fermé, et de l’autre, un secteur indépendant, voire d’autoproduction, qui malgré quelques succès, n’a souvent à offrir que la précarité.

  • Une bataille après l’autre : la révolution sauce Hollywood  

    Une bataille après l’autre : la révolution sauce Hollywood  

    « Film antisfasciste pour des temps fascistes », « grande fresque politique », « souffle de vie inespéré pour l’Amérique », mais aussi « grand spectacle », « leçon de cinéma », ou tout simplement « le meilleur film de l’année »… à en croire ses critiques dithyrambiques, Paul Thomas Anderson aurait quasiment remporté la bataille culturelle. Avec Une bataille après l’autre, il réconcilierait œuvre de divertissement grand public et regard acerbe sur les polarisations américaines contemporaines.

    C’est vrai que l’histoire qu’il raconte a des accents de révolution. Bob Ferguson (Leonardo Di Caprio), ex-membre d’un groupe d’action direct, élève seul sa fille Willa (Chase Infiniti), dont la mère a disparu dans la nature. Complètement désabusé, Bob renoue maladroitement avec ce passé alors que sa fille et lui sont pris en chasse par le Colonel Lockjaw (Sean Penn), un militaire qui cherche à prouver sa valeur à un club très privé de suprémacistes blancs. 

    Mais derrière les apparences, le spectacle imaginé par Anderson laisse un goût un peu amer. Dans son Amérique hors du temps, il semble renvoyer dos à dos les méchants et les gentils, extrême chacun à leur manière. D’un côté, des méchants cartoonesques qui, malgré leurs positions de pouvoir, complotent dans des sous-sols pour la suprématie blanche. Pour leur faire face, pas grand-chose d’autre qu’une bande de bras cassés accros à l’adrénaline, dont les plus extrêmes trahissent leurs camarades pour sauver leur peau. Le tout se déroule dans une ambiance crasse de misogynie, car la révolution est visiblement une affaire de mecs. Les femmes, pourtant nombreuses à l’écran, sont réduites à être des incompétentes ou des objets de désir. Si c’est à ça que la révolution ressemble, alors l’ordre établi a de beaux jours devant lui.  

  • Grand Prix Explorer : sur l’autoroute du sexisme ?

    Du 3 au 5 octobre s’est tenu le Grand Prix Explorer, course de formule 4 organisée par le créateur de contenu Squeezie sur le circuit Bugatti des 24H du Mans. Loin d’être anecdotique, l’évènement a rassemblé jusqu’a 1.5M de spectateur-rices en simultané sur la plateforme de streaming Twitch et jusqu’à 1,6M de téléspectateur-rices sur France 2, chaîne sur laquelle l’évènement était pour la première fois diffusé.

    L’ampleur et la portée de l’évènement témoignent du poids des créateur-rices de contenus et des streamer-euses dans l’industrie du divertissement, dont iels sont désormais des acteur-rices centraux-les.

    Sur le circuit, 12 équipes de personnalités d’Internet sponsorisées par un ensemble de grandes marques. Trois jours de course automobile donc, mais aussi de concerts et de spectacles en grande pompe, avec un vol remarqué de la Patrouille de France au-dessus du circuit. 

    En dépit de la popularité de l’évènement, on ne peut s’empêcher de remarquer la faible présence de femmes et l’ambiance de boy’s club qui plane sur le GP. Parmi les concerts programmés, une seule artiste femme tenait l’affiche, la chanteuse Théodora. Sur douze équipes concurrentes, seuls trois véhicules étaient pilotés par des équipes féminines (dont deux sponsorisées par des marques de cosmétiques). Et si cette année, l’une d’entre elles s’est classée deuxième du GP, dès que les femmes font un pas de travers la sanction est sévère. Ainsi, Manon Lanza, créatrice de contenu concurrente et victime d’un accident lors d’un accrochage sur le GP 2023 a fait l’objet d’un cyberharcèlement massif et d’un relatif traitement de silence par les organisateurs.

    Puisque la population qui joue aux jeux vidéos est paritaire, on aurait pû s’attendre à ce qu’un événement diffusé via une plateforme qui émerge de l’univers du gaming fasse un peu bouger les lignes. Cependant, les créateurs mais aussi les utilisateurs de Twitch sont majoritairement des hommes. Si les modes de diffusion changent et se déplacent,  force est de constater que ce sont encore les hommes qui tiennent les volants et prennent la lumière..

  • Les conseils de tata Ranelle

    Si tu es une femme maghrébine, tu n’as pas pu échapper aux contenus de Ranelle Brown, de son vrai nom Ranelle Hanane Sealiti, sur les réseaux sociaux. Avec ses « conseils de tata », la créatrice de contenu de 37 ans répond avec franchise aux appels de dizaines de femmes à chaque live. Pour beaucoup, elles cherchent des conseils matrimoniaux : pour partager l’argent dans le couple, pour gérer leur belle-mère, ou pour accueillir la famille sans commettre d’impair à la tradition. 

    Les activités de l’entrepreneuse férue de mode ne se limitent pas aux réseaux sociaux. Ranelle propose des prestations événementielles, des séances individuelles de coaching et vient de lancer sa marque de turbans. Mais son vrai métier, c’est neggafa : habilleuse traditionnelle et gardienne de cérémonie dans les mariages marocains. 

    D’origine sénégalaise et marocaine, Ranelle a grandi en France mais parle une darija impeccable, « un flex ultime » ! Et c’est aussi cette transmission, brisée par le racisme dans beaucoup de familles maghrébines, que ses contenus viennent réparer. Véritable nationaliste, l’influenceuse affiche fièrement les armoiries du Maroc sur ses vêtements et bijoux. En soutien aux manifestant-es qui réclament leur droit à la santé et à l’éducation qui sont actuellement réprimé-es au Maroc, elle relaie les vidéos de son ami le rappeur ElGrandeToto, mais insiste aussi sur l’intégrité du pays autour de sa devise : Dieu, la Patrie, le Roi. 

    Femme indépendante, forte, capable, musulmane, noire, maghrébine, entrepreneuse, Ranelle est assez polyvalente pour être la confidente de beaucoup d’entre nous. Or l’entre-deux n’est pas l’ami du progressisme, et ses conseils restent traditionnels, dans l’hétérosexualité ou dans l’islam. Malgré tout, dans beaucoup de ses lives et extraits vidéo, les témoignages sont ceux de violences conjugales. Et sur ça, Ranelle ne transige pas : elle écoute, oriente, conseille et accompagne en véritable féministe. Parfois, pour sortir de la violence, on a besoin que ce soit cette tata qui nous le dise.