Catégorie : ailleurs

  • En Cisjordanie, la politique israélienne d’éviction s’accélère

    En Cisjordanie, la politique israélienne d’éviction s’accélère

    « Nous approfondissons nos racines dans toutes les régions de la Terre d’Israël et enterrons l’idée d’un État palestinien. » Tels sont les mots du ministre israélien Bezalel Smotrich, saluant les récentes mesures du gouvernement. 

    Le 15 février, ce dernier a acté une opération de régularisation des titres fonciers dans les zones sous contrôle israélien. Il s’agit de déclarer comme « propriété de l’Etat », les portions de terres dont le titre de propriété n’est pas clairement établi. En imposant ses propres normes administratives et juridiques, Israël s’octroie ainsi le droit d’expulser de nombreuses familles palestiniennes de chez elles.

    Les 40% du territoire où l’Autorité palestinienne détient encore supposément des pouvoirs, sont également concernés. Le 8 février, le gouvernement a acté l’abrogation d’une loi datée de 1967, qui interdisait aux citoyens non arabes d’y acheter directement des terres. Désormais, ces derniers pourront construire, sans avoir à s’enquérir de l’autorisation des administrations municipales palestiniennes.

    En parallèle, les raids et les démolitions s’intensifient. Le 20 février, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont annoncé que leurs unités avaient arrêté environ 100 « Palestiniens recherchés ». Les Palestinien-nes de Cisjordanie font également face au harcèlement constant des colons : maisons brûlées, agressions physiques, meurtres et oliviers arrachés.

    À l’expansion coloniale en Cisjordanie, occupée illégalement par Israël depuis 1967, s’ajoute celle à Gaza. Depuis le cessez-le-feu signé en octobre 2025, l’enclave a été divisée en deux par une ligne jaune qui est progressivement déplacée, confinant les Gazaouis dans un espace sans cesse réduit. 

  • Portugal : ouf pour cette fois

    Portugal : ouf pour cette fois

    Le 8 février 2026, à l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle, le Portugal a échappé à l’extrême droite.

    Le candidat de centre-gauche António José Seguro l’a en effet emporté largement (66,8%) face au candidat d’extrême droite, André Ventura (33,2%). Il succède à Marcelo Rebelo de Sousa, conservateur à la tête du pays depuis 2016. 

    L’élection était plus serrée que d’habitude, car c’est la première fois depuis 1986 qu’un second tour est nécessaire. Le premier tour avait déjà donné tort aux sondages qui annonçaient André Ventura vainqueur. Les violentes tempêtes qui ont ensuite sévi dans le pays entre les deux tours ont mis en évidence le fait que le Portugal était vulnérable aux changements climatiques, et mal préparé à celà, ajoutant encore un facteur d’incertitude face à l’issue du scrutin.

    Le rôle de président au Portugal ne comporte aucune fonction exécutive, il est convoqué en cas de crise et peut choisir de dissoudre le Parlement et convoquer des élections législatives. L’élection a davantage mobilisé les Portuguais-es, avec une participation en hausse de 12,8% pour atteindre les 53%, taux le plus élevé depuis 40 ans. 

    Si le Portugal échappe donc à l’extrême-droite pour cette fois, son accession au second tour témoigne de sa montée significative, signant ainsi son meilleur score à une présidentielle et demeurant la première force d’opposition du pays. Sa menace continue de planer, et ses idées continuent de progresser dans les débats publics et parlementaires. La cohabitation s’annonce tendue et risquée pour la suite.

  • En Syrie, l’autonomie kurde en sursis

    En Syrie, l’autonomie kurde en sursis

    Le gouvernement syrien et les forces kurdes ont annoncé ce 30 janvier être parvenus à un accord, actant l’intégration des administrations autonomes kurdes à l’Etat central. Cela pourrait mettre fin à quinze ans d’autonomie.

    Depuis début janvier, les territoires syriens contrôlés par les forces armées kurdes (FDS), ont été successivement repris par l’armée d’al-Charaa, soutenue par la Turquie, et une partie des populations locales. Ces dernières, anciennement alliées aux FDS auraient dénoncé des arrestations arbitraires de leur part depuis la chute d’Assad. Ce 18 janvier, un premier accord avait acté la reprise en main par l’État de ces territoires et des champs pétrolifères et gaziers. En outre, le gouvernement devrait reprendre la responsabilité juridique et sécuritaire des prisonniers de l’État islamique, jusqu’ici surveillés par les FDS. Ces derniers ont été en première ligne contre Daech, étaient soutenus pour cette raison par les États-Unis et l’Europe, mais semblent désormais seuls face à al-Charaa qui a su s’attirer les bonnes grâces de la communauté internationale. Si quelques concessions ont été accordées aux Kurdes, en reconnaissant leur langue et en leur garantissant des droits nationaux, il s’agit surtout d’assimiler les organisations kurdes autonomes à l’État central et de balayer le projet révolutionnaire d’une société sans État. 

    Depuis 2011 s’était concrétisé au Rojava un confédéralisme démocratique, radicalement anticapitaliste. Dès le départ, des femmes y ont imposé une ligne féministe radicale, en construisant notamment des villages en non-mixité, pour accueillir les victimes de violences patriarcales. 

    Comme l’illustre la vidéo virale d’un soldat syrien brandissant fièrement la tresse coupée d’une combattante kurde, les femmes kurdes, syriennes comme iraniennes, sont aussi en première ligne face à la répression autoritaire et à sa représentation.

  • Reza Pahlavi, un prétendant trop familier

    Reza Pahlavi, un prétendant trop familier

    Alors que les manifestant-es sont massacré-es par milliers en Iran, Reza Pahlavi jouit d’une visibilité flatteuse dans les médias français. Le fils du shah renversé par la révolution de 1979 y est présenté comme le leader de l’opposition au régime et le garant d’une transition démocratique. 

    Son nom porte pourtant le stigmate de la tyrannie, de la torture, des assassinats et de la police secrète d’un régime installé à la tête de l’Iran en 1953 par un coup d’état soutenu par la CIA, après l’élection démocratique de Mohammad Mossadegh.

    Depuis 2009, Reza Pahlavi mise sur la force des mobilisations populaires en Iran pour s’imposer comme l’alternative. « Je me prépare à rentrer dans ma patrie » roucoulait ces derniers jours celui qui a quitté le pays dans un avion où on pouvait encore fumer. Partisan d’un retour de la monarchie en Iran, Pahlavi affiche volontiers sa proximité avec Israël et les États-Unis. En juin 2025, il apporte même son soutien aux frappes militaires sur les sites nucléaires iraniens, qui font des centaines de mort-es civil-es. La même année, une enquête révèle une vaste campagne d’influence israélienne en farsi visant à le promouvoir comme figure légitime d’un Iran post-République islamique.
    Face aux mobilisations, Pahlavi exhorte Trump d’intervenir en Iran. Mais même ce dernier ne semble pas convaincu : « Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership » dit-il à la presse. Il est probable que Pahlavi continue de planer comme un vautour autour des salons occidentaux, en attendant son heure et la chute du régime. Heureusement, seule la seconde est une promesse de l’histoire.

  • Retour des partisans de Pinochet au Chili

    Le 14 décembre se tient au Chili le deuxième tour de l’élection présidentielle. Il opposait la candidate du Parti communiste, soutenue par la coalition « Unité pour le Chili », Jeannette Jara, à José Antonio Kast, soutenu par le Parti républicain et la coalition « Changement pour le Chili ». Bien que Jara soit arrivée en tête du premier tour, un report de voix important donne Kast gagnant dans les sondages. Fils d’immigrés nazis, frère d’un ministre sous la dictature de Pinochet, climatosceptique, anti-avortement, Antonio Kast promet l’habituel cocktail fasciste : des coupes budgétaires, des expulsions massives d’étranger-es et la construction d’un mur à la frontière. 

    Le mandat de Gabriel Boric, actuel président du pays, a été marqué par un discours anti-migrant-es assumé et l’échec du processus constituant lancé après les mobilisations contre les inégalités, décevant les espoirs de rupture avec la politique néolibérale héritée du régime de Pinochet. Or si Antonio Kast arrive effectivement au pouvoir, ce sera la première fois depuis la fin de la dictature militaire qu’un candidat pinochétiste remporte la présidentielle. La dictature militaire de Pinochet a fait près de 40 000 victimes, dont plus de 3 000 mort-es et disparu-es, à travers une répression systématique, de la torture et des violations massives des droits humains.

    Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador, Daniel Noboa en Equateur… Les chefs d’Etat d’extrême droite se font de plus en plus nombreux en Amérique latine, à la faveur des acteurs privés et des Etats-Unis de Trump.

  • Gaza et territoires occupés : où en est-on ?

    Dans le n°7 de Parti des femmes, nous expliquions pourquoi le plan Trump pour Gaza ressemblait beaucoup à un plan de colonisation. Près de deux mois plus tard, tout semble malheureusement confirmer cette analyse. Si la première phase du plan a permis un cessez-le-feu, celui-ci est continuellement violé par l’armée israélienne, qui continue de traquer et bombarder tout-es celle-eux qu’elle considère comme des combattant-es dans la bande. Surtout, les offensives dans les territoires occupés de Cisjordanie se poursuivent, avec leurs lots d’exécutions sommaires de civil-es, dont les réseaux sociaux nous transmettent les images quasiment en direct.

    C’est d’ailleurs un des principaux points aveugles de la phase 2 du plan, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU mi-novembre : l’absence de mention de la Cisjordanie est la meilleure preuve que l’autodétermination palestinienne évoquée n’est qu’une formule creuse. La piste de l’État palestinien ne peut être réaliste si elle n’est pas accompagnée par son point de départ, la fin de l’occupation. Or, c’est la tendance inverse qui se poursuit : l’annexion de la Cisjordanie est un objectif maintenant explicitement assumé par la coalition au pouvoir.

    La force internationale de maintien de la paix, avec Trump à sa tête, apparaît alors plutôt comme une force de maintien de la colonisation. Israël ne compte pas plus aujourd’hui qu’hier accepter la création d’un État palestinien, ni mettre fin à l’apartheid qui fait des Palestinien-nes, même citoyen-nes d’Israël, des citoyen-nes sans droits.

  • COP30 : Macron, Lula, et l’Amazonie

    Alors que la COP30 se tient depuis le 10 novembre à Bélem, les images de militant-es autochtones repoussé-es aux portes de la conférence ont fait le tour du monde. Le Brésil se targue d’une participation autochtone inédite, mais les revendications contre la destruction de l’Amazonie restent ignorées.

    Malgré de bons résultats récents contre la déforestation, le président Lula a annoncé l’autorisation d’exploiter de nouveaux gisements pétroliers par Petrobras. Derrière cette décision se joue une reconfiguration de ses alliances politiques en vue d’un quatrième mandat en 2026, et la difficulté de cette figure du Parti des travailleurs à rompre avec les théories développementalistes et l’aubaine que représente le pétrole pour le Brésil.

    Mais les appétits pour l’Amazonie ne se limitent pas au Brésil. Mediapart révélait cette semaine que la France était venue accompagnée d’une délégation industrielle, offrant des badges à TotalEnergies, EDF, Vinci et Engie. Ces entreprises partagent des intérêts majeurs en Amazonie (pétrole, aéroports, barrages) et certaines y sont implantées depuis les années 1960, sous la dictature brésilienne. En 2019, Macron était allé jsuqu’à évoquer une gouvernance internationale de la forêt.

    Comme lors de chaque COP, l’enjeu reste de savoir qui paiera pour les dégâts causés par les pays riches et les entreprises polluantes. Les 1 300 milliards de dollars promis aux pays du Sud manquent toujours à l’appel. À ce jeu, l’austérité, le désengagement américain et le recul du multilatéralisme sont des signaux désastreux. Et si elle se rêve championne de la transition énergétique, la France dissimule mal ses appétits néocoloniaux.

  • Biya réélu, les Camerounaise-s dans la rue 

    Paul Biya, 92 ans et plus vieux président du monde, a été réélu à la tête du Cameroun après déjà 40 ans au pouvoir. Avec 53,6% des suffrages selon les chiffres officiels annoncés le 27 octobre, le Conseil Constitutionnel l’a proclamé vainqueur devant son ancien premier ministre et principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary. Promettant d’être un « président de transition », ce dernier a su profiter de l’impopularité de Biya, figure d’un gouvernement corrompu et autoritaire, plus souvent à Genève que sur le sol camerounais. Issa Tchiroma Bakary avait déjà contesté les résultats avant leur annonce, en appelant à des mobilisations pacifiques qui ont été violemment réprimées. L’armée, tirant à balles réelles, a déjà fait plusieurs morts. 

    Au-delà des chiffres officiels, ces élections ont été marquées par un regain d’intérêt des Camerounais-es. Longtemps désabusé-es face au processus électoral verrouillé, ils et elles ont voté massivement, surveillé les urnes et tenté de contenir la fraude. Car la lassitude est profonde. En cause, des décennies de mauvaise gouvernance et des richesses pillées pour les intérêts impérialistes. Aujourd’hui, plusieurs entreprises étrangères ont des parts importantes dans des secteurs clés comme la culture de banane, dont le français Compagnie fruitière assurait près de 80% des exportations en 2024. 

    Malgré d’importantes ressources naturelles, près de 23% de la population vivait sous le seuil international d’extrême pauvreté en 2022. Plus d’un tiers des moins de 18 ans, qui représentent près de la moitié de la population, est exposé au chômage. Les services publics sont dégradés, et les travaux d’infrastructures avancent au ralenti. Pour rester au pouvoir, le président n’a plus que la brutalité de l’armée et la corruption d’une élite politique vieillissante. 

    Laura Mermoud

  • Ben Barka : 60 ans après

    Le 29 octobre 2025 marque les 60 ans de la disparition, en plein Paris, de Mehdi Ben Barka. 

    Alors qu’il a rendez-vous dans une brasserie avec un journaliste, il est interpellé par deux hommes lui présentant une carte de police. Il monte dans leur voiture, et n’est jamais revu.

    Leader socialiste marocain, fondateur de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), tiers-mondiste, un temps principal opposant à Hassan II, la lumière sur sa disparition n’est toujours pas faite à ce jour. Une hypothèse probable est qu’il ait été assassiné sur commande du régime marocain, en lien avec les services secrets français et israéliens.

    Les appels à la vérité émanant de la gauche, d’écrivain-es, du Parti communiste français, et même d’une partie de la droite se sont exprimés massivement dès 1966, accusant indirectement De Gaulle. Mais la justice française n’est jamais parvenue au bout de ses enquêtes, se heurtant, récemment encore, à l’absence de coopération marocaine, et au secret défense de la France, que le fils de Ben Barka demande aujourd’hui de lever.

    Jeune adhérent du parti de l’Istiqlal monarchiste et indépendantiste, Ben Barka est un des acteurs de l’indépendance du Maroc. Mais c’est parce qu’il est socialiste, et défend aussi un projet de réforme agraire, qu’il crée ensuite l’UNFP et devient opposant à la monarchie qui se met en place : « il ne s’agit pas pour nous de faire cesser seulement l’exploitation de la période du protectorat, mais aussi l’exploitation qui a pu exister de l’homme marocain par l’homme marocain ». 60 ans après, sa mort nous rappelle que la faiblesse des gauches dans les pays du Sud est aussi le résultat de dizaines d’années de répression méthodique, allant jusqu’à l’assassinat, dans laquelle la complicité de la France est un pilier et une continuité coloniale.

  • Le plan Trump, un plan colonial pour Gaza

    Le 29 septembre, Donald Trump a rendu public un plan en 20 points pour la bande de Gaza, immédiatement accepté par Benjamin Netanyahou. Il a ensuite fixé un ultimatum au Hamas pour l’accepter aussi, lui promettant sinon « l’enfer ».

    Sur le papier, ce plan prétend offrir des garanties aux Palestinien-nes comme aux Israélien-nes. Il mentionne le droit à l’autodétermination, dit que personne ne doit être forcé-e à quitter Gaza, et propose l’amnistie aux membres du Hamas. En pratique cependant, alors qu’il exige un désarmement total et immédiat de tout groupe palestinien, il ne fixe aucune échéance à la tenue des engagements tant d’Israël que des États-Unis.

    Une autorité internationale, présidée par Trump lui-même et appuyée par une force militaire qui viendrait prendre la place de l’armée israélienne, se verrait confier le gouvernement de Gaza. Trump y imagine d’ailleurs un rôle de premier plan pour Tony Blair, ancien premier ministre du Royaume-Uni, un siècle après le mandat colonial britannique sur la Palestine. Autorité qualifiée de temporaire, mais rien n’est dit sur ce qui constituerait la fin de ses missions, alors même que Netanyahou a rappelé qu’un État Palestinien ne serait jamais acceptable.

    Israël avait déjà dénoncé le cessez-le-feu de janvier 2025 avant même sa deuxième phase. Un plan constitué d’engagements creux, sans menace de sanctions de la part des puissances du Nord, lui permettrait surtout de redorer son image dans le jeu diplomatique. Et servira probablement de prétexte à repousser l’application du droit international, notamment la mise à exécution des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale.