Sorti le 30 septembre, Mémoire de fille est l'adaptation par Judith Godrèche du récit d'Annie Ernaux, qui revient sur une adolescence en apparence ordinaire, marquée par une expérience commune à bien des jeunes filles : le viol. Un sujet qui fait écho au combat de la réalisatrice, devenue en 2024 une figure de #MeToo en France en dénonçant les violences sexuelles subies dès ses 14 ans, et en portant plainte.
Ici, le viol n'est plus un spectacle, comme le male gaze l'a longtemps imposé. Une coordinatrice d'intimité, chargée d'encadrer les scènes de sexe et de veiller au consentement des acteurices, a accompagné le tournage. Le récit épouse le point de vue de la victime, sans aucune érotisation de la violence ni regard complaisant. Le film montre surtout comment le viol se banalise : ce qui semblait consenti révèle peu à peu le poids du contexte. Le livre avait d'ailleurs été reçu avec indifférence : Annie Ernaux n'a nommé le viol en interview que quatre ans après sa parution. Enfin, le film dit la violence presque invisible de la pression sociale : le besoin d'être acceptée, la peur d'être exclue, l'apprentissage du désir et de l'amour à travers le regard des autres.
Le film s'inscrit dans une lignée d'œuvres dénonçant le viol, mais aussi sa représentation et sa réception, comme How to Have Sex (Molly Manning Walker, 2023). Ce coming of age, genre qui suit le passage de l'adolescence à l'âge adulte, parle directement aux jeunes adultes. Dans un décor de fêtes et d'alcool, il aborde des thèmes dont on parle trop peu, comme la pression de perdre sa virginité et la zone grise du consentement, et montre les agressions sans jamais les rendre graphiques. Il souligne combien avoir subi des violences sexuelles semble presque ordinaire, comme un rite de passage de l'adolescence féminine.
Beaucoup de femmes connaissent ce mec trop insistant en soirée, qui a pris leur malaise pour du plaisir, et le doute qui suit : avais‐je trop bu ? L'ai-je cherché ? Ces films montrent des adolescentes qui veulent simplement vivre comme les autres, faire la fête, découvrir la sexualité. Elles en ont fait l'expérience, de la manière la plus ordinaire qui soit : en subissant des violences.