Premier tour : défaite médiatique

, Numéro 17

 « Je voudrais dire aux électeurs que la démocratie, ce n’est pas dans les sondages », a soufflé en tout début de soirée Edouard Philippe. Sur le papier, l’ancien premier ministre était en effet donné perdant à sa réélection au Havre face au PCF, risquant de couper court à ses ambitions présidentielles. Il sort finalement en tête du premier tour avec 43%, devant l’union de la gauche (33%) et le RN (15%). 

Il n’y a pas qu’en Normandie que les urnes ont fait mentir les sondeurs. La France Insoumise, en effet, s’impose définitivement comme la nouvelle force de rupture. En dépit des polémiques autour de la mort du militant néo-nazi Quentin Deranque et des accusations en antisémitisme de toutes parts de l’échéquier politique, la stratégie choisie par le mouvement de renouer avec le communalisme s’avère payante. Alors que Bally Bagayoko devient le premier maire insoumis dès le premier tour à Saint-Denis dans le 93, David Guiraud,  pour le plus grand malheur des plateaux des médias Bolloré, recueille 46% des voix à Roubaix, l’une des villes les plus pauvres de France. Lahouaria Addouche, à Lille, étonne en finissant au coude-à-coude avec le successeur désigné de Martine Aubry. A Toulouse et Limoges, ce sont les insoumis qui se placent en tête de la gauche, devant les candidats socialistes. 

EELV, à l’inverse, ne confirme pas sa percée sans précédent des élections de 2020. A Strasbourg, Poitiers, Grenoble ou encore Bordeaux, les candidat-es écologistes semblent loin de la notabilisation, et abordent le second tour dans des positions défavorables. Grégoire Doucet est le seul, à Lyon, à tirer son épingle du jeu en finissant devant son unique adversaire pour le second tour, Jean-Michel Aulas. 

Malgré les prédictions des commentateurs, la progression du RN lors des dernières échéances nationales ne s’est pas transformée en une imparable vague « bleue Marine ». A Lens, les espoirs de conquête du parti d’extrême droite sont mis en déroute par la réélection de sa maire socialiste. A Toulon, Laure Lavalette aborde le second tour avec une large avance (42%), mais pourrait être mise en difficulté par une potentielle alliance de ses adversaires républicains et macronistes. Le RN consolide cependant son ancrage dans ses bastions historiques en faisant réélire au premier tour leurs maires à Hénin Beaumont, Fréjus et Perpignan. 

Dans de nombreuses communes, la tripartition de l’électorat observée lors des élections législatives se rejoue dans des triangulaires et quadrangulaires. Malgré la nationalisation du scrutin, c’est au local que la gauche réussira à gagner du terrain. Alors que LFI appelle ses anciens alliés du Nouveau Front Populaire à reconstruire un « front antifasciste », partout où la droite et l’extrême droite menacent d’être élus, Olivier Faure poursuit son rapprochement avec le bloc présidentiel, en refusant de des négociations nationales avec les insoumis-es. Dans plusieurs grandes villes, en danger de basculer vers la droite, cette énième erreur stratégique du premier secrétaire du Parti Socialiste sème la confusion. Emmanuel Grégoire à Paris (36%) comme Benoît Payan à Marseille (36%), en rejetant dès l’annonce des premiers résultats la possibilité d’un accord avec les listes de Sophia Chikirou (11%) ou Sébastien Delogu (11%), laissent ainsi ouverte la possibilité d’offrir une victoire aux droites réunifiées.

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