La gauche de rupture fait front

, Numéro 21

En annonçant la candidature à l’élection présidentielle de Jean‐Luc Mélenchon, la France insoumise a fait passer la campagne aux choses sérieuses. D’abord à gauche. Au sein de la primaire, la décision de Marine Tondelier de poursuivre ou non, sera en réalité celle des Écologistes. Et François Ruffin fera probablement cavalier seul. Ce dernier avait lancé fin janvier le recueil de soutiens citoyens pour sa candidature. Trois mois plus tard, il en avait 120 000.

En 48h, Jean‐Luc Mélenchon en avait déjà recueilli plus de 200 000. Il lui avait fallu plusieurs mois pour parvenir au même résultat, alors que c’était déjà sa deuxième candidature, il y a une décennie. C’est le temps qu’il faut à l’Histoire pour construire la notoriété et l’adhésion populaire autour d’un candidat qui n’est pas soutenu par l’appareil médiatique. Qu’on le veuille ou non, il incarne quelque chose dans le peuple que nul autre ne pourra créer en moins d’un an, en tout cas sans soutien médiatique. Lorsqu’il dit, sur le plateau de TF1, qu’il est le « mieux préparé » à cette tâche, c’est cela qu’on comprend. Ce n’est pas une questions de qualités personnelles.

Libération, Le Monde et toute la presse de centre‐gauche semblent l’ignorer, ou faire semblant. « Le candidat permanent » titrent les premiers. Au Monde, le journaliste qui couvrira la campagne est Olivier Pérou, un des auteur‐rices du livre à charge La Meute. Il écrit que la candidature « a été verrouillée malgré l’émergence de figures nationales »et dépeint ainsi en autoritarisme ce qui pour tout autre observateur apparaît comme le consensus d’un mouvement divers, dont Jean‐Luc Mélenchon a justement été le point de ralliement.

Construire un candidat de gauche capable de gagner est une tâche qui prend des décennies.

Les candidatures sérieuses à l’élection présidentielle se comptent maintenant au nombre de trois : Édouard Philippe, celle du RN, et celle de la France insoumise. Quelque chose sortira très probablement de la droite du PS : Glucksmann, Hollande ou un autre incarneront ce que Macron a été à ses débuts, pour un camp qui ne cesse de s'amenuiser mais représente toujours une force historique. Face à cela, la stratégie de LFI semble être de jouer la carte de l’union, pour isoler encore plus ce camp, en proposant au reste de la gauche de reconstituer une alliance autour d’un accord couplant sénatoriales, présidentielle et législatives. La balle est lancée, à voir qui la saisira.

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