La censure des militant-es partout dans le monde

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Portrait de Donald Trump

L’annonce a été faite ce samedi 24 janvier, en marge de la « March for Life », la grande manifestation anti-avortement organisée chaque année à Washington qui rassemble toute l’extrême droite religieuse américaine. JD Vance, le vice-président de Trump a confirmé l’expansion de la « global gag rule », la règle du bâillon mondial, redoutée depuis des mois par beaucoup d’activistes.

La règle du bâillon n’est pas entièrement une nouveauté. Elle existe depuis les années Reagan. Son principe est simple : toute organisation qui reçoit des financements américains est interdite de pratiquer l’avortement, d’en faire la promotion, ni même d’en parler, et ce y compris avec ses propres fonds. 

Les conséquences sont simples : fermeture de cliniques, interruption de programmes de santé sexuelle et reproductive, et des morts évitables. C’est une politique impérialiste qui s’applique déjà depuis le retour de Trump au pouvoir il y a un an.

Mais aujourd’hui, l’administration Trump veut aller beaucoup plus loin.

La règle du bâillon ne concerne plus seulement l’avortement mais est désormais étendue à ce que l’administration américaine qualifie d’idéologie « woke » et aux politiques de DEI : diversité, équité et inclusion.

Avec cette nouvelle version de la global gag rule, une organisation qui travaille avec des personnes trans, qui documente les violences racistes, qui mène des programmes féministes ou qui intègre une analyse des discriminations dans ses actions pourrait désormais perdre l’intégralité de ses financements américains. Et ce, même si elle mène ces actions avec d’autres financements, ou si c’est la puissance publique qui reçoit ces fonds.

En janvier 2025, 4 infirmières ont été épinglées au Mozambique pour avoir pratiqué des avortements sur leur temps de travail, parce que leurs salaires étaient en partie payés par le PEPFAR. Pourtant, l’avortement est légal au Mozambique. Pour le système de santé du 5ᵉ pays le plus pauvre du monde, le dilemme est posé : cesser de pratiquer des avortements et continuer à recevoir des fonds, ou perdre les moyens de financer une partie de son système de santé.

Ce sont des dizaines de milliards de dollars d’aide internationale utilisés comme un moyen de pression politique. C’est une politique impérialiste anti-droits, qui impose un agenda réactionnaire à des pays du Sud global déjà dépendants de l’aide internationale. La règle du bâillon cherche à fragiliser les luttes locales, détruit des organisations communautaires et met directement des vies en danger. 

La règle du bâillon mondiale nous met face à une urgence : il faut sortir de la dépendance financière du Sud au Nord, que ce soit pour le financement des systèmes de santé ou pour la défense des droits humains. Or cette dépendance est la conséquence du vol des richesses du Sud par le Nord.

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