En talons et robe moulante, aux pieds d’un homme debout, au visage hors champ et qui lui tient les cheveux : la pochette du nouvel album de Sabrina Carpenter, Man’s Best Friend, dont la sortie est prévue le 29 août, a déclenché une controverse sur les réseaux sociaux. Si la chanteuse n’a pas revendiqué de positionnement politique autour de son album, certains internautes l’accusent de « faire reculer le féminisme jusqu’aux années 50 », tandis que d’autres y voient un geste de libération sexuelle.
On peut trouver quelque chose de libérateur à s’hypersexualiser soi-même, à incarner l’image que la société projette sur nous pour mieux se la réapproprier. La libération sexuelle, en tant qu’aspiration individuelle, a permis à certaines femmes de revendiquer un refus du contrôle des hommes sur leurs corps. Mais en tant que mouvement, il a perdu sa force collective dans un monde où le capitalisme marchande tout.
Sabrina Carpenter, peu importe ses intentions, est un produit de l’industrie et de son label, propriété d’Universal. L’annonce de son album arrive pile au moment où les positions sexuelles qu’elle performe à ses concerts buzzent sur internet. Si ça rapporte, on continue, mais en plus gros. On pouvait encore se demander si son image, celle d’une artiste qui a l’habitude de critiquer les hommes, de les tuer symboliquement dans « Feather » ou de s’en moquer dans le single de l’album « Manchild », relevait d’une stratégie marketing malgré tout plaisante pour le male gaze ; mais avec Man’s Best Friend, plus de doute.
On pourrait croire à de la satire, au vu du titre, mais ce que la pochette montre nous laisse amères : la soumission aux hommes, dans un moment où les droits des femmes sont plus que jamais menacés. Sabrina Carpenter ne peut pas renverser le système qui exploite et tire profit de son image, mais seulement le nourrir.