Le mercredi 16 septembre, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a présenté son « discours sur l’état de l’Union ». Depuis 2010 et le traité de Lisbonne, ce discours annuel est inspiré de son homonyme des États‐Unis d'Amérique. D’année en année, une part de plus en plus grande du droit s’appliquant en France est du droit européen. Pas seulement parce que les institutions ont changé, mais parce que les textes s’accumulent. RGPD, Digital Services Act, Digital Markets Act, AI Act…
Or, ce discours a été relativement peu commenté par les candidat‐es à la présidentielle. Pas plus que l’essentiel des mesures proposées : interdiction des réseaux sociaux aux mineur‐es, association du Canada à l’Union européenne, création d’un Conseil de sécurité européen, etc. Certes, la nouvelle donne géopolitique et la situation internationale placent d’autres sujets plus haut dans la liste : Gaza, la Cisjordanie, l’Ukraine, l’Iran. Mais le rapport à l’Europe, qui divisait la gauche il y a 10 ans, n’est plus le même. Il semble, peut‐être à raison, que nul ne souhaite remettre au centre du débat ni le traité de Lisbonne, ni le fonctionnement des institutions européennes. Sur les questions internationales, le véritable clivage est à nouveau entre atlantistes ou non alignés. Entre celleux inquiet‐es du délitement de l’OTAN, attendant avec espoir le retour des Démocrates au pouvoir états‐unien pour reconstituer l’alliance avec le gendarme du monde, et celleux qui voient dans l’éloignement de Trump une opportunité à saisir, pour de nouvelles solidarités internationales. Mais sur les questions européennes les mots ont changé de sens. Le problème, c’est que l’Europe bleu clair, libérale, qui défend les libertés individuelles, qui prône l’égalité des genres et la protection des consommateur‐rices, et qui semble parfois être éternelle aux yeux des sociaux‐démocrates, n’a duré qu’un temps. Elle est déjà, depuis de longues années, celle qui assassine en mer et refoule à ses frontières des milliers de personnes qui ne cherchent qu’un endroit où vivre. Mais elle est aussi, et de plus en plus, l’Europe de l’extrême-droite, l’Europe où explosent les scores des partis racistes. Qu’elle soit ou non un sujet central des débats entre candidat‐es de l’élection présidentielle, elle sera, pour tout pouvoir de gauche ou simplement pacifiste, un terrain de lutte géopolitique où il faudra trouver des allié‐es.
