La primaire unitaire : l’unité de qui ?

, Numéro 14

Marine Tondelier, Olivier Faure et d'autres responsables politiques à la Manifestation pour la paix et la reconnaissance de l'État de Palestine par

Les organisateur-ices de la « primaire de la gauche unitaire » pour l’élection présidentielle de 2026 ont confirmé la date à laquelle le scrutin est censé se tenir : le 11 octobre 2026, soit environ 6 mois avant la date probable du premier tour de l’élection présidentielle de 2027 – sauf démission d’Emmanuel Macron.

Si la primaire aboutit et que le ou la gagnant-e se présente, ce serait donc la troisième fois qu’un-e candidat-e est désigné-e par un tel processus. Yannick Jadot, vainqueur de la primaire ouverte d’EELV de 2022, était arrivé sixième du premier tour avec 4,63%. Benoît Hamon, vainqueur de la première primaire ouverte du Parti socialiste en 2017, était arrivé lui cinquième, avec 6,36 %.

En tout état de cause, l’histoire récente ne montre donc pas que les électeur-rices plébiscitent particulièrement ce mode de désignation : on observerait sinon une plus grande prime au vainqueur. Au contraire, il y a lieu de se demander si la primaire n’est pas un mode de désignation contreproductif : les organisations politiques, qui construisent normalement des propositions politiques qu’elles soumettent aux électeur-ices, remettent ici le choix de celles-ci entre les mains de votant-es qui sont bien plus aisé-es, blanc-hes et diplômé-es que celleux qui participeront à l’élection.

Se sont déclaré-es pour l’instant Marine Tondelier, Clémentine Autain, et François Ruffin. La première est la candidate officielle de son parti, les Écologistes, qui l’a désignée en décembre. Clémentine Autain est membre de l’Après, le groupement des ancien-nes de la France insoumise, dont les membres député-es siègent désormais dans le même groupe que Les Ecologistes-EELV à l’Assemblée nationale. Enfin, François Ruffin se voit lui aussi candidat à l’élection présidentielle, avec son parti « Picardie debout ! » renommé tout simplement « Debout ! » (nom tiré des mobilisations « Nuit debout » de 2016, mais peut-être un peu dépassé dix ans plus tard alors que la France est déjà « En marche » depuis 2017…).

Surtout, le PS ne s’est pas encore prononcé. Olivier Faure soutient la participation du parti à la primaire. Mais le PS est prêt à se déchirer sur la question, et pourrait même ne pas en sortir entier. Quand bien même les socialistes ont permis l’adoption du budget du gouvernement, beaucoup de cadres n’ont pas digéré les alliances avec la France insoumise en 2022 et 2024. Sauf qu’avec Raphaël Glucksman, qui a déjà déclaré être candidat sans passer par la primaire, et Gabriel Attal, qui est maintenant certain de l’être aussi, les propositions libérales ne manquent pas. François Hollande lui-même croit à son retour.

Au-delà des personnes, à quoi sert donc une proposition politique comme celle de cette primaire, qui, d’avance, s’assume dans le refus de l’héritage macroniste, mais peut-être encore plus dans le rejet de la France insoumise ? Les Écologistes-EELV avaient déjà fini, en 2017, par soutenir la candidature de Benoît Hamon. Mais en s’inscrivant cette fois-ci dans la primaire au risque de n’avoir encore pas de candidature de leur parti à la présidentielle, c’est la première fois qu’iels assument clairement cette place occupée en réalité depuis des années dans le jeu politique. Iels représentent la classe sociale de ceux qui aimeraient que le monde soit un peu plus juste, mais sont effrayés par la rupture institutionnelle et économique. Ou comme nous l’avait si bien montré en 2023 Marine Tondelier, lorsqu’elle avait déposé des fleurs devant les CRS en pleine manifestation : celleux qui disent ne pas aimer le système, mais qui aiment bien sa police.

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