L’aide à mourir arrive au Sénat

, Numéro 13

Le 7 janvier 2026, la commission du Sénat a examiné la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, adoptée par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2025 dernier. Cette loi a pour but de faciliter l’accès à « l’aide à mourir », c’est-à-dire à autoriser et à encadrer la prise d’un produit qui provoque la mort par les patient-es qui le demandent. Cette aide à mourir inclurait le suicide assisté et l’euthanasie, c’est à dire l’administration du produit par les patient-es elleux-mêmes (suicide assisté), ou par un-e médecin (euthanasie).

L’aide à mourir n’est pas l’objet d’un débat politique nouveau en France : en effet, la première proposition de loi visant à l’autoriser a été proposée en 1978 par le sénateur Henri Caillavet (Gauche Démocratique), alors sous le nom de « loi relative au droit de vivre sa mort ». Plus largement, la question de la prise en charge de la fin de vie s’inscrit dans un long combat historique, médical, juridique et social. 

Après la Seconde Guerre mondiale, la médecine en France s’interdit les pratiques de contrôle des vies, et s’éloigne des eugénistes radicaux, acteurs du génocide nazi. Commence alors une approche palliative de la fin de vie, portée par la recherche de nouvelles valeurs médicales, notamment celle de libertés individuelles, de droit à la vie, et de « dignité au nom de la morale médicale ». Cette approche vise, en premier lieu, à atténuer la douleur du patient et à maintenir la vie.

Mais, en parallèle, un militantisme pour la mort choisie se structure, particulièrement à gauche. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, la lutte contre le VIH et pour le droit à l’avortement, portent dans le débat public l’idée du droit à choisir pour soi. La lutte contre le paternalisme médical se structure, avec une revendication au droit de choisir de disposer de son corps et de sa vie.

Dans cet héritage, la fin de vie est actuellement encadrée en France par deux grands principes : l’apaisement des souffrances et le respect de la volonté de la personne. Depuis 2005, on n’a donc pas le droit à l’obstination thérapeutique déraisonnable, c’est-à-dire de maintenir la vie artificiellement ; et l’on doit donner aux patient-es les traitements nécessaires à l’abrègement de leurs souffrances (loi Leonetti). Depuis 2016, il est également permis de recourir à une sédation profonde et continue jusqu’au décès, lorsque le pronostic vital est engagé à court terme (loi Claeys-Leonetti). Le cadre actuel ne propose cependant rien aux personnes dont la vie n’est pas en danger, mais dont les douleurs, parfois insoutenables, ne sont pas soulagées par la médecine : c’est notamment à ces situations que le nouveau texte doit répondre. 

Les principaux-les opposant-es à ces revendications viennent des conservateurs, et des autorités religieuses, tous cultes confondus. 

Mais depuis peu, des groupes plutôt ancrés à gauche du côté du militantisme anti-validiste et anti-psychiatrie, s’opposent aussi à l’aide à mourir. Ces groupes ont fort à voir avec le droit de disposer de soi et de son soin, et la remise en cause du paternalisme médical. De ce côté-là, c’est moins la dimension sacrée et transcendante de la vie humaine qui est revendiquée que le contexte de casse des hôpitaux publics, et notamment des soins psychiatriques, avec la crainte sous-jacente que l’aide à mourir tende à se substituer à terme à une offre de soin de qualité pour toustes.

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