Les analystes l’ont tous répété : les municipales ont été nationalisées par leur proximité avec la présidentielle qui doit se tenir dans un an. Et ce ne sont déjà plus les macronistes qui font et défont le paysage politique.
À Renaissance comme à Place publique, on appelle à l’alliance contre une « extrême gauche » dont les contours ont récemment été déplacés par le ministre de l’intérieur pour intégrer la France insoumise. Le Rassemblement national tend la main aux « droites sincères », qui refuseraient l’alliance avec les macronistes. Chez Bruno Retailleau, la digue est déjà fendue. Sa seule consigne de vote : « pas une seule voix pour LFI »… même s’il faut voter RN à la place.
À l’inverse, les insoumis-es sont les seuls à avoir proposé, avec constance, la fusion systématique dans un front antifasciste. Pour les socialistes et les écologistes qui partagent souvent leur liste dès le premier tour, la question n’était pas tranchée. Si la perspective d’un accord national a été écartée par Olivier Faure, c’est commune par commune que se sont arbitrées les fusions, maintiens et désistements, avec ou contre la France insoumise. La gauche du centre joue donc son positionnement politique localement sans engager ses appareils. C’est là la stratégie gagnante des insoumis-es avec ces municipales : ramener de force qui peut l’être à gauche, laisser dépérir le centre, et clarifier la frontière avec l’extrême droite en préparation du face à face. Après tout, il n’y a que deux côtés à la barricade.
Le Parti socialiste risque de ne pas sortir indemne de cette clarification. Le Premier secrétaire Olivier Faure n’est pas en capacité de produire un accord national et Emmanuel Grégoire prend le risque de la défaite en refusant la fusion avec Sophia Chikirou. Malgré la percée de la France insoumise au premier tour des élections municipales, le vieux PS semble refuser d’y croire. Et pour cause : dans la plupart des communes, le vote des insoumis-es ne manque pas lorsqu’il s’agit de constituer un front antifasciste.
Il faut voir dans ces élections leur part de présage. Les réactions des appareils nous montrent la voie de la présidentielle. La place laissée aux négociations ces derniers jours et à la diabolisation de la France insoumise dans les dernières semaines, est aussi un espace dont se saisit la droite pour mettre en avant son programme et ses mesures concrètes. Mais c’est aussi localement que se construisent aujourd’hui les lieux de résistances face au fascisme.
