Que les chants du printemps couvrent le bruit des bottes

, Numéro 16

Dans une manifestation, une pancarte dépasse : « Antifasciste comme en 36 »

La rengaine s’installe : Estrosi, De Villiers, toute l’extrême-droite appelle à la dissolution de la France insoumise ou à la suppression de ses financements publics. Aurore Bergé reprend une expression pétainiste et antisémite et qualifie le mouvement « d’anti-France ». Dans notre peur du fascisme, on oublie souvent que le RN n’a pas besoin d’arriver au pouvoir pour que la république française telle que nous la connaissons disparaisse. Cela peut se faire progressivement, par la répression de la société civile et la restriction de la liberté d’expression, en invoquant justement, la protection de la démocratie et de la paix civile. Des pays comme Singapour nous montrent qu’il est possible d’être républicain-es sur le papier, tout en réduisant à néant l’opposition par des moyens légaux. Il y a une menace en France, même sans victoire de l’extrême-droite ou de partis nationalistes, d’un saut dans l’autoritarisme pour mener tout simplement une politique économique libérale.

Ceux qui ne le voient pas et pensent que l’État de droit est de toute éternité sont des irresponsables. Le temps de l’Histoire n’est pas si long qu’il ne soit pas à la hauteur de nos vies humaines. Il y a à peine cinq générations, le peuple français se battait pour rester en république. Des gens sont parmi nous qui ont vécu sous Pétain, qui ont survécu à la Shoah, ont tué des soldats allemands ou pris les armes pour l’indépendance de l’Algérie. Des membres actuel-les du PCF l’ont rejoint quand il faisait plus de 20% au premier tour de la présidentielle et que les Écologistes n’existaient pas. Cela fait près d’un quart de siècle que Jean-Marie Le Pen est arrivé pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle.

Chaque génération refait plusieurs fois le monde et ses règles : aucune bataille ne se joue deux fois, et le passé ne revient pas. Même dans la Vème République, les élections ne sont pas les répétitions à l’identique d’un même scénario, où parfois l’un gagnerait et parfois l’autre. Elles sont toutes des bascules vers un chemin de l’Histoire, et plus que jamais dans les moments d’offensive fasciste.

La clé est toujours la même : la mobilisation populaire seule peut changer le cours des choses. Et si certain-es semblent ignorer la gravité du moment, hurlant avec les loups en appelant, par exemple, à la démission de Raphaël Arnault, il est fort possible que le moment ait en réalité un effet mobilisateur dans les urnes pour les élections municipales à venir, comme l’urgence face au fascisme l’avait déjà été en juin 2024. Dès le 8 mars, nous pourrons en prendre la mesure : nous serons des centaines de milliers de femmes dans les rues.

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