Iran : la France s’engage dans une nouvelle guerre impérialiste

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Que retenir de l’allocution d’Emmanuel Macron sur la guerre, à la télévision mardi soir ?

L’allégeance aux États-Unis

Le président dit que la France ne peut « pas approuver » le fait que les frappes états-uniennes et israéliennes soient conduites « en dehors du droit international », mais affirme immédiatement que « l’Iran porte la responsabilité première de cette situation ». Il dit pourtant bien que les États-Unis et Israël ont ouvert la guerre, et que les frappes de l’Iran dans la région sont des « représailles ». L’offensive israélo-étatsunienne a déjà fait des centaines de mort-es en Iran, dont 165 petites filles dans le bombardement d’une école au sud du pays. Selon Arrêt sur images, la télé française n’a consacré que 4 minutes à cet événement dans les 72 heures qui ont suivi.

Dimanche soir, plusieurs pays européens dont la France parlaient d’« actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source » : il s’agit ni plus ni moins que de frappes offensives sur le sol iranien. Mais hier, Macron est resté très flou sur la participation de la France dans les frappes contre l’Iran. A minima, l’OTAN fait qu’elle partage des moyens logistiques et d’informations avec les Etats-Unis.

Les déploiements de forces armées pour des intérêts économiques

La France va déployer « des Rafales, des systèmes de défense anti-aériennes » pour défendre le Qatar, le Koweït, les Emirats Arabes Unis et Chypre contre les frappes de drones iraniennes. L’essentiel du discours d’Emmanuel Macron s’est concentré sur l’idée de « légitime défense », et des accords passés avec d’autres pays. L’armée française aurait d’abord pour mission de « défendre l’espace aérien de nos alliés » et abattre des drones.

Mais les intérêts économiques ne sont pas loin. En quelques phrases de conclusion, Macron rappelle : « les prix du pétrole, les prix du gaz, la situation du commerce international sont profondément perturbés par cette guerre ». Et à propos du détroit d’Ormuz, Macron veut « […] reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale ».

Or, le détroit est actuellement bloqué par le régime iranien. Macron ne l’assume pas clairement, mais fixer comme objectif de guerre le contrôle de ce détroit signifie très probablement une confrontation militaire directe avec l’Iran.

Les mots changent, l’impérialisme reste

On le voit dans le choix de ses mots, le discours du président se veut très prudent, et a toujours un mot ou deux de critiques pour Israël et les États-Unis. Ces trois dernières années, la mobilisation et la pression populaire ont donc au moins fait bouger les lignes de discours.

Alors qu’Israël se prépare à envahir le sud Liban, il déclare « [appeler] Israël à respecter le territoire libanais ». Mais au milieu de ce déploiement de forces armées pour défendre les pays alliés de la France, Macron n’a justement que des mots pour défendre l’intégrité territoriale du pays et les populations civiles libanaises. Il rejette la responsabilité sur le Hezbollah, qui aurait commis une « faute majeure » en frappant Israël. En comparaison, une opération terrestre d’Israël ne serait selon lui qu’une « erreur stratégique ».

Lundi, dans un discours prévu avant la guerre, le président annonçait des investissements militaires et un renforcement de la dissuasion nucléaire française, censés renforcer l’indépendance militaire de la France, notamment vis-à-vis des États-Unis. Mais dès le lendemain, le fait que les États-Unis choisissent de frapper les premiers dans une guerre que Macron prétend ne pas souhaiter ne semble pourtant avoir aucune conséquence sur l’alliance entre les deux pays.

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