Le 9 décembre dernier marquait les 120 ans de la loi 1905 de séparation des Églises et de l’État, pilier de la laïcité française. Si la loi garantit la liberté de culte, elle met surtout fin au régime concordataire mis en place par Napoléon, dans lequel archevêques et évêques étaient nommés par le gouvernement, et les curés salariés par l’État. On a parfois peine à imaginer ce que cela signifiait comme bouleversement : ainsi, une des plus grosses batailles parlementaires autour de cette loi fut la rédaction de son article définissant les règles exactes de transfert des établissements publics du culte aux nouvelles associations privées constituées par les Églises.
Plus d’un siècle plus tard, cette même laïcité qui garantissait la liberté de culte se trouve instrumentalisée dans les discours islamophobes. Mais au cours du XXème siècle et encore aujourd’hui, le catholicisme n’a pas cessé de renouveler ses modes de participation à la vie politique. On se souvient des millions de manifestant-es contre le mariage homosexuel, mais l’Église catholique choisit souvent des moyens plus discrets.
Alors que les financements des associations sont en recul, les boîtes mail et les affiches du métro sont couvertes d’appels aux soutiens du public. Mais, au milieu des associations militantes pour l’émancipation, on trouve aussi bon nombre d’organisations de charité dont la fonction caritative dissimule, parfois mal, un projet de société conservateur. La « Nuit du Bien commun » a ainsi fait récemment l’affiche : fondée par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, sa tenue à Paris s’est heureusement trouvée perturbée par des militant-es. Dans le mouvement féministe, les associations d’origine catholique ont aussi été à la pointe d’une multitude de combats moralistes, attaquant par exemple les droits et l’autonomie des travailleuses du sexe sous couvert de défense des femmes. Dans la Fondation Jérôme-Lejeune, c’est l’action caritative pour la recherche sur la trisomie 21 qui sert de paravent à un des acteurs les plus puissants du mouvement pro-vie en France, contre l’IVG et le droit à mourir dans la dignité.
Plus récemment encore, c’est l’entreprise Lift, qui, sous couvert d’interventions autour des nouveaux programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle, s’avère compter dans ses rangs plusieurs personnes proches des milieux catholiques ultraconservateurs. Financée par Pierre-Édouard Stérin pour près de 700 000 euros, elle a aussi décroché un contrat public avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes, anciennement dirigée par Laurent Wauquiez.
L’Église catholique ne reçoit plus d’argent public. Mais ceux qui défendent ses idées, si.
