En juillet dernier, les réseaux sociaux relayent l’image d’Anas al-Sharif craquant face à la caméra alors qu’une femme s’effondre sous le poids de la faim derrière lui. Dans la vidéo, la voix d’un Gazaoui le reprend « Continue Anas, tu es notre voix ». Le 10 août 2025, le journaliste de 29 ans est délibérément assassiné par l’armée israélienne, ciblant une tente l’abritant aux côtés de quatre autres journalistes et deux autres civils. Quelques jours encore avant l’attaque, Anas al-Sharif dénonçait sur ses réseaux sociaux, cumulant plusieurs millions de followers, les menaces régulières qu’il recevait de l’armée israélienne, le sommant de cesser ses activités d’information.
La frappe élimine d’un seul geste tous les journalistes présents dans la bande de Gaza pour Al Jazeera, première chaîne d’information en continu du monde arabe. Depuis le 7 octobre 2023, le nombre de journalistes tués à Gaza est estimé entre 192 et 270 selon les sources. Depuis, la majorité des journalistes tués dans le monde l’est dans la bande de Gaza par l’armée israélienne. En plein génocide, l’accès à l’information issue de Gaza est plus que jamais menacé. Israël et les Etats-Unis ont régulièrement fait miroiter ces dernières semaines la possibilité de faire entrer des journalistes étrangers dans la bande de Gaza, qui leur est fermée depuis octobre 2023. Mais pour l’instant, les seuls journalistes étranger-es qui ont pu s’y rendre l’ont été strictement encadré-es par l’armée israélienne. Quoi qu’il en soit, leurs travaux ne sauraient se substituer à ceux des journalistes gazaoui-es.
À la faveur de l’été, la situation subie par les Palestinien-nes n’a fait que se dégrader. Les décès liés à la famine ne cessent d’augmenter dans la bande de Gaza, les tirs sur les civils aux abords des centres de distribution de nourriture font des dizaines de mort-es chaque jour, et les attaques violentes et les meurtres de civils par des colons en Cisjordanie explosent. A la fin du mois de juillet, Awdah Hathleen, qui avait contribué au long-métrage No other land, couronné en 2025 de l’Oscar du meilleur film documentaire, a été tué par balle par Yinon Levi, un colon israélien.
Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron annonçait son projet de reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France en septembre 2025 à l’Assemblée générale des Nations unies. Alors que plusieurs pays emboîtent le pas de la France, Bezalel Smotrich, ministre israélien en charge des colonies, annonce au mois d’août dernier un projet d’annexion de la Cisjordanie et de construction de 3500 logements illégaux, malgré les condamnations des Nations Unies. Au même moment, 25 anciens ambassadeur-rices dénoncent la faiblesse de la réponse française sur la scène internationale dans un appel publié dans le Monde.
A la fin du mois d’août, le gouvernement israélien a annoncé un projet de nettoyage ethnique consistant en l’occupation militaire de la bande de Gaza et l’évacuation de sa population. La solution à deux États, mise en avant par la France comme la seule voie crédible d’avancée diplomatique, est aujourd’hui abandonnée par de nombreux-ses militant-es palestinien-nes, et considérée peu réaliste au vu de l’état de destruction de la bande de Gaza et de la colonisation en Cisjordanie. Elle offre à la France la perspective d’un positionnement à moindre frais, dont les conditions ne garantiraient ni le droit à l’autodétermination des Palestinien-nes, ni leur droit au retour, ni le démantèlement de l’appartheid, ni la fin de la guerre.